‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 47 sur 215 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Du retour de Brunei a Bizerte.

A. pu es ([ue Brunei eut fait la conquête de Balisarde par son adresse, il 11e songea plus qu'à s’embarquer au premier port de mer pour retourner à Bizerte. Quand d fut de retour dans cette grande ville, il y trouva l'empereur Agramant fort irrité de ce que ses peuples, effrayés des saees remontrances des rois de Garbe et des Garamantes, refusoient de passer en France sans ce jeune Roger, de qui les astres faisoient dépendre le succès de l'entreprise.

Aussitôt que le monarque d’Afrique aperçut Brunei, il sentit de la joie et de l'inquiétude. Hé bien, lui ditil, quelle nouvelle m’apportes-tu? Poursuivrai-je mon entreprise, ou me faudra-t-il renoncer à la conquête de la France, pour n'avoir pu arracher Roger des mains du magicien qui le retient dans l’oisiveté? Grand empereur, répondit Brunei en se jetant à ses genoux, vous pouvez tout attendre de votre courage; et je vous apporte d( trient de quoi réussir dans vos glorieux projets. lu m apportes donc, reprit Agramant, le précieux anneau d Angélique? Oui, seigneur, répartit le nain; de

plus, j’amène le plus excellent cheval de toute l'Asie, que j’ai volé par mes ruses au vaillant roi Sacripant; et j'ai la merveilleuse épée que portoit le grand comte d’Angers. C’est donc la fameuse Durandal, s’écria l’empereur d’Afrique avec un mouvement de joie qu’il ne put retenir. C/est une meilleure arme encore, dit Brunei, puisqu’elle a la vertu de couper les armes enchantées, et qu’elle pourroit blesser Roland lui-même, quoiqu’il soit féé de tout son corps. Ah! cher Brunei, dit Agramant, que tu mérites bien la couronne que j’ai promise à ton adresse. Je ne vous demande rien, seigneur, reprit le nain, si je ne mets encore entre vos mains ce brave Roger, qui doit ranger la victoire de votre parti. Si tu fais ce que tu me promets, interrompit avec précipitation le roi d’Afrique, non-seulement la couronne de Tingitane t'est assurée, mais tu seras plus maître de mbn empire que moi -même. Alors ce grand prince voulut être instruit des artifices dont Brunei s’étoit servi pour exécuter des choses si difficiles. Le nain satisfit sa curiosité, de même que celle de tous les rois qui étoient présents. Il les réjouit beaucoup par son récit. Agramant surtout y prit tant de plaisir, qu'il se fit apporter sur-le-champ une couronne d’or, qu’il mit lui-même sur la tête du petit homme, en lui disant : Je vous lais roi de Tingitane.

Le nouveau prince, ayant ainsi été couronné, fit voir à toute la cour les trois merveilles qu’il avoit conquises. Chacun les admira; et le monarque d’Afrique, ne doutant plus de la réussite de ses projets, n’en voulut pas différer davantage l’exécution. Il partit avec une foule de rois et de princes pour aller à la découverte

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