‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 50 sur 215 · LIVRE VI, C II A P. IL · texte numérisé non relu

LIVRE VI, C II A P. IL

armée de ses sujets. Les jeunes et les vieux ont pris les armes en Afrique; on n’a jamais vu sur terre et sur mer tant de guerriers. Ne vous étonnez donc point, continua-t-il, si je 11e veux pas me défaire de mon coursier. Oui , je le veux garder , à moins que quelque chevalier de mérite, tel que ce jeune seigneur que je vois avec vous, ne me le demandât pour aller à cette expédition. Je vous jure qu’en faveur des services qu’il pourroit rendre à la patrie et à notre religion, je lui ferois présent de mon cheval, et même de ces belles armes qui sont au pied de ce pin. Ali ! s’écria le jeune Roger, sans attendre qu’Atlant répondît pour lui, si tu me donnes ce que tu viens de me promettre, je me jeterai dans le feu pour toi; mais que ce soit promptement, ajouta-t-il : les moments me paroissent des années. Il me tarde de me mêler parmi ces chevaliers qui combattent , et de faire éclater comme eux ma valeur.

Le fin roi de Tingitane , qui n’avoit rien souhaité autre chose que de le voir dans cette disposition, lui répliqua : Généreux jeune homme, il ne s’agit point ici d’aller répandre ton sang parmi ces guerriers. Ils sont tous Africains et Mahométans, et le combat qu'ils font entre eux n’est qu'un divertissement. Ils 11e se frappent que du plat de l’épée; la pointe et le tranchant y sont défendus sous des peines très grièves. Fais-moi don seulement de ton cheval et de tes armes, repartit Roger avec précipitation, et ne te mets pas en peine du reste. Je t’assure que je passerai le temps à cet exercice aussi bien qu’eux. L’enchanteur entendant parler ainsi le jeune prince, en lut au désespoir ; Hélas ! lui dit-il en pleurant , mon cher fils, je vois bien qu’il faut malgré moi

t)4 ROLAND L’AMOUREUX.

([lie je t’abandonne au destin qui veut disposer de toi! A ces mots, il s’éloigna de ce lieu fatal , et laissa Roger charmé de ne plus trouver d'obstacle au désir qui le pressoit. En un moment il fut armé de toutes pièces; et, se ceignant de la tranchante Balisarde, qui devoit devenir un foudre entre ses mains, il sauta sur Frontin sans mettre le pied à l’étrier. Le nouveau roi de Tingitane, le voyant en selle, admira son air lier, et ne put s’empêcher de lui dire dans son admiration : Va, jeune prince, va remplir tes grandes destinées et l'attente de toute l’Afrique.

Le courageux Roger, après l’avoir salué courtoisement, partit comme un tonnerre, et se jeta où le combat étoit le plus échauffé. Il poussa Frontin sur le roi des Nasamones, qui pressoit vivement l’empereur, et renversa ce prince sur le roi de Fizan. 11 envoya ensuite Bainbirague, roi d’Arzille, mesurer la terre comme les autres. Sobrin, qui étoit alors aux mains avec A graillant, le quitta pour attaquer Roger; mais ses coups ne purent l’ébranler, au lieu que Roger, du plat de Balisarde, lui lit perdre les arçons, et après lui à tant d’autres, qu’aucun guerrier du parti de Sobrin n'osoit plus lui faire tête. Le monarque d’Afrique, surpris de voir exécuter tant de hauts faits d’armes à ce merveilleux chevalier, qu’il ne pouvoit connoître, voulut éprouver aussi ses forces. Roger le renversa du premier coup; puis il abattit Prusion des îles d’Avalachie, Dardinel, fils d’Almont, et l’amiral Argoste de Marmonde. Alors les vaillants Agricaltes, Dudrinasse et Manilard, la fleur du paganisme, entreprirent de réprimer l’orgueil de cet inconnu; ils le frappèrent tous trois en même temps,

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