‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 51 sur 215 · LIVRE VI, CH AP. IL · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CH AP. IL

et à peine purent-ils l'ebranler. Il les désarçonna 1 un après l’autre : connue il en faisoit autant au brave Misant et à Soridan , le traître Rardulaste, roi <1 Mgazère, le perça , contre les règles du tournoi , par derrière d un coup de pointe au défaut de scs armes, et prit la fuite aussitôt pour se mettre en sûreté; mais Roger, indigne d'une action si lâche, tout blessé qu’il étoit , poussa Frontin sur ses traces, et l’ayant atteint justement près de l'endroit où le magicien l’avoit quitté, il lui lit voler la tète d'un revers de Balisarde.

Ce jeune prince, après s’être ainsi pleinement vengé de Bardulaste, sentit qu’il avoit besoin du secours d’Atlant pour guérir la blessure qu'il avoit reçue, et qui commençoit à l'a ffoibli r. Il le chercha du côté qu’il l’avoit vu se retirer; et il le trouva bientôt assis au bas du roc, et enseveli dans une profonde rêverie. D’abord que le vieillard l’aperçut, son cœur tressaillit de frayeur: Hélas! s’écria-t-il en se pressant d’aller à lui, tu es blessé, mon fds! que mon art m’est peu utile, puisqu'il n’a pu prévenir ton malheur ! Le prince, sans s’étonner de ces paroles, lui répondit en souriant : Mon père, ne déplorez pas tant mon aventure ; quand vous m’aurez pansé, je serai guéri. Je suis blessé, il est vrai, mais je ne le suis pas tant que je l’étois, lorsque je tuai le lion sur la montagne, et que je pris l’éléphant qui me déchira tout le devant de l’estomac. Atlant, rassuré par ce discours, visita la blessure de Roger, et vit qu’effectiveinent elle n’étoit point dangereuse. Il nettoya la plaie, y versa d’une liqueur; et, par l’application d’une herbe dont il connoissoit la vertu, il mit sa blessure en état de se guérir il elle-même sans aucun autre secours.

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