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i a usse espérance. Il m'avoit promis d’engager le jeune Roger dans mon entreprise de France. A ces dernières paroles d' Agramant, Brunei, qui trenibloit comme la feuille agitée par le vent, prit un peu d’assurance, et dit au roi d Urique : lié pourquoi donc, seigneur, avezvous eu la cruauté de me condamner à la mort? Ftoitcc pour donnerai! prince Roger la gloire de me délivrer lui -même des mains de l'impitoyable bourreau Grifalde? Quoi ! interrompit Agramant, le chevalier qui vous a délivré, ce guerrier qui se présente à mes yeux est ce même Roger dont l’Afrique attend tant de merveilles? Ah! si c’est lui, cher Brunei, j’avoue mon injustice à ton égard, et je te prie de me la pardonner.
Alors l'empereur s’approcha du jeune prince, et le serrant entre ses hras : Généreux Roger, lui dit-il, je devois bien te reconnoitre à la valeur que tu as fait paraître dans le tournoi. Roger recevoit les caresses du monarque avec respect, sans en être pourtant étourdi, il a voit un air de noblesse et d’assurance, qui faisoit qu’Agramant ne pou voit se lasser de le regarder, il 11e laissa pas échapper l’occasion de demander à l’empereur une chose qu'il briiloit d impatience d’obtenir: e’étoit l’ordre de chevalerie. Il le supplia de lui accorder celle grâce, en lui (.lisant qu’il ne pourrait (pie mieux valoir, s'il avoit l’avantage d'être armé chevalier par les mains d’un si noble roi. Agramant, ravi de le voir dans cette disposition, se hâta de céder à ses désirs, pour l’attacher à sa cour et à son service. Il lit sur-le-champ cette cérémonie.
Comme il 1 achevoit , le vieil Atlant parut tout à coup à scs yeux, et lui dit : Grand roi , écoute mes paroles,
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ROLAND L’AMOUREUX, et ne néglige point ce que je vais te révéler; tu veux que le jeune Roger t’accompagne en France; apprends que par ses grands exploits tu mettras en déroute l’armée des chrétiens; mais aussi sache que ce guerrier magnanime embrassera leur religion ; et quoiqu'il doive un jour perdre la vie par les trahisons de la perfide race de Mayence, ses successeurs ne laisseront pas de faire la gloire et l’ornement de tes ennemis, et d'être le hou-
Jevart du christianisme. Le monarque africain écouta ce discours attentivement ; il n’en conçut pourtant aucun ombrage; il ne pouvoit concilier ces deux choses, qu'il defcroit l’armée françoise par la valeur de Roger, et que toutefois ce prince deviendroit 1 ennemi de la loi musulmane; il s’imagina que l'ardente affection qu’Atlant avoit pour son eleve lui dictoit cette prédiction.
On a déjà parlé des apprêts étonnants que cet empereur avoit fait faire dans toute l’étendue de ses états et de ceux des autres princes d’Afrique : trente-deux rois étoient déjà dans sa cour, et la rade de la grande ville de Bizerte étoit couverte depuis long-temps d une infinité de vaisseaux chargés d'armes et de soldats. L'ardeur qu’avoit ce jeune monarque de partir pour son expédition de France étoit extrême. 11 avoit déjà négocié une étroite alliance avec le roi Marsille, qui, regardant son entreprise comme une guerre de religion , étoit entré vivement dans ses desseins. Ce prince espagnol lui avoit même mandé qu’il alloit employer toutes ses forces à commencer son attaque du cote de l'Aquitaine et du Languedoc, et qu’avant son départ il laisseroit ordre à ses peuples d’accorder une libre entrée à l’année africaine sur les cotes de Valence et de Ca-
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LIVRE VI, Cil A P. I IL talonne, d’où elle pourroit venir joindre la sienne.
Tout étoil donc favorablement disposé a Bizerle pour le succès de cette guerre, et les peuples d A Impie n eurent plus de répugnance à s’embarquer, lorsqu ils surent qu’ils avoient pour compagnon de leur travaux le prince Roger, à la valeur duquel le sort de 1 entreprise leur sembloit attaché.