LIVRE, VI, CTI A P. IV
En achevant ce discours Pasithéc disparut. L’agitation et la douleur que ressentit alors le paladin le réveillèrent. Jl vit avec joie que tous ces objets, quiavoient si fortement frappé son imagination, n’étoient qu une illusion de ses sens; il éloit néanmoins surpris de sentir qu’après son réveil , le mal que les nymphes lui avoient fait duroit encore. Cela lui lit penser que son songe avoit quelque chose de mystérieux. Il se releva, et regardant attentivement le lieu où il éloit, il le reconnut pour celui où il avoit fait un traitement si rigoureux à la belle Angélique. Ce ressouvenir augmenta sa surprise; il trouva que c’étoit une chose assez particulière qu'il eut éprouvé ce châtiment chimérique, dont pourtant il portoit des marques réelles, dans le même lieu oii il avoit fait le cruel.
Comme il sentoit encore ses entrailles brûlantes du feu qui l’avoit dévoré pendant son sommeil, il s’approcha du ruisseau pour en apaiser l'ardeur par le secours de son onde; mais, hélas! ce remède n’étoit guère propre à procurer l'effet qu'il en attendoit. Ce ruisseau est la fontaine de l’Amour; quiconque y boit, brûle soudain d'une amoureuse ardeur : et ce fut dans cette même eau que l’infortunée sœur d’Argail puisa la fatale passion qui fut payée de tant d’ingratitude. Renaud se pencha sur la rive; il plongea son casque dans le ruisseau, et but à longs traits de cette fatale liqueur. A mesure qu'il en humectoit ses poumons, la douleur et la lassitude qu’il ressentoit par tout le corps se dissipoient; mais l'ardeur qui dévoroit ses entrailles passa tout entière dans son cœur.
La charmante Angélique, qu’il avoit si cruellement
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traitée, lui parut alors tout adorable. 11 reprit les mêmes sentiments qui l’agitoient dans le temps que cette princesse parut à la cour de Charles avec tant de charmes, et que la concurrence de tant d dlustres rivaux joignoit dans son arne les fureurs de la jalousie aux flammes de l'amour. Oh! qu’il se repentit alors d’avoir perdu tant de moments favorables ! 11 se promettait bien de ne les plus laisser échapper, s’d étoit assez heureux pour les rencontrer de nouveau. Dans les tendres mouvements qui recommençoient à l’agiter, il se representoit que ce fut dans ce même lieu que la princesse du Cathay dissipa son sommeil en lui jetant des fleurs sur le visage, et en lui disant les paroles du monde les plus touchantes; et se ressouvenant avec douleur de la dureté qu’il avoit eue pour elle : Quoi donc! s’écria-t-il avec etonnement, j’ai pu rejeter des vœux dont les plus puissants monarques auroient fait tout leur bonheur! J’ai pu outrager une beauté digne de mille autels! Quel étoit mon aveuglement? Ah ! Renaud, injuste Renaud, continuoit-il avec transport, meurs de honte et de regret d’avoir perdu par ta faute une si précieuse fortune.
Telles éloient les tristes plaintes que laissoit échapper alors l’amoureux chevalier. Ah ! que, s’il pou voit revoir Angélique dans cet endroit si propre aux plaisirs de l’amour, il se garderoit bien d’être cruel et sauvage, comme il l’avoit été ! Dans les transports de sa flamme renaissante, il prend la résolution île retourner au Calliay, dans le seul dessein d'expier ses rigueurs passées aux pieds d’Angélique, ou de mourir s il ne peut y réussir. Plein de cette idée, il alloit remonter sur Bayard, lorsqu'il vit venir le long de la route, oii l’a-