CHAPITRE Y
Du retour de Roland en France.
Le comte d’Angers et Rrandimart , au sortir d’Eluth , prirent le chemin des Indes, qui étoit la route la plus commode et la plus fréquentée. Ils y entrèrent par le beau royaume de Cachemire, si renommé dans l'Asie ; ils passèrent de là en Perse, du coté de la grande ville de Candahar, qui fait la séparation des deux empires, et oii ils s’arrêtèrent quelques jours pour remettre leurs dames de la fatigue que la diligence qu'ils faisoient leur avoit causée.
Quand ils se furent remis en chemin, ils suivirent la route d’Ispahan, puis celle de Bagdad, oii les magnificences de cette ville fameuse ne purent les retenir un moment. Ils évitèrent pendant ce long voyage toutes les aventures, quelque gloire qu’ils eussent pu acquérir, pour être plus tôt en France; et, pour plaire à la princesse du Cathay, ils ne s’occupèrent que du soin de s'informer de Brunei, dont ils ne purent apprendre aucune nouvelle. Après avoir traversé l’ancienne Mésopotamie, que l’on nomme à présent le Diarbeek , ils arrivèrent à Alep, d’où ils prirent le chemin de Cons-
«ob ROLAND L’AMOUREUX,
tantinople. Ils ne voulurent point paroître à la cour de l’empereur de Grèce, de crainte que, Roland y étant reconnu, ilsne fussent obligés de s’y arrêter. De Constantinople, ils allèrent gagner le Danube àNicopolis; et, poursuivant leur route le long de ce grand (leuve jusqu’au Rhin, qu’ils passèrent au-dessous de Bâle, ils entrèrent en France par l’Austrasie.
Ils apprirent à Metz que l'empereur Charles étoit à Aix-la-Chapelle, ce qui leur lit prendre le chemin des Ardennes pour se rendre à cette grande ville, qui étoit alors, après Paris, la plus considérable de l’empire romain. Malheureusement, comme ils étoient sur le point de partir de Metz , la belle Fleur-de-Lys fut attaquée d’une grosse fièvre, qui, dès les premiers jours , mit sa vie en danger. Il n’est pas concevable combien ils en furent alarmés, et Brandimart surtout ne se possédoit plus; cependant le soin qu’on eut de cette princesse, et la force des remèdes apaisèrent l’ardeur de sa fièvre; on conçut l’espérance de la voir bientôt guérie; mais, comme elle étoit très foible des rudes accès qu’elle avoit essuyés, et que les médecins assuroient qu’elle seroit long-temps à se rétablir, Angélique souffroit beaucoup de ce retardement. Elle espéroit retrouver Renaud à la cour de France, et l'impatience de s’y rendre l’emportoit sur l’amitié qu elle avoit pour Fleurde-Lys. Ainsi, voyant cette princesse hors d’etat de craindre une rechute, elle pressa Roland de la mener à Aix-la-Chapelle, pour y être, disoit-elle, avec plus de décence que dans une hôtellerie de Metz. Le comte , qui n’avoit d’autre volonté que de se conformer aux désirs d’Angélique , et qui se croyoit d’ailleurs obligé