LIVRE VI, CIIAP. V. lot
d’aller au plus tôt offrir ses services à l’empereur son onde, consentit à partir sans Brandimart et sans son épouse, après avoir tiré parole d’eux qu’ils viendraient les rejoindre à la cour dès qu'ils le pourraient.
Roland et sa princesse partirent donc de Metz, et passèrent par les Ardennes pour se rendre auprès de Charlemagne. En traversant cette foret, ils arrivèrent un jour à la fontaine de Merlin, dont on a parlé cidevant et où le fils d’Aymon avoit perdu l’amour dont, il brûloit pour Angélique. Cette princesse trouva ce lieu délicieux; et, comme 1 ardeur de la saison et la fatigue du chemin l’avoient altérée, elle descendit de cheval pour se rafraîchir.
Arrête, Angélique, s’écrie l’archevêque Turpin en cet endroit, que vas-tu faire? Si tu apaises ta soif par cette eau, tu vengeras, il est vrai, ta fierté outragée, tu puniras un ingrat; mais tu vas perdre les plaisirs qu’une douce union promet à deux cœurs charmés l’un de l’autre. Apprends que ton sort est changé; le barbare qui dédaignoit tes charmes les adore à présent, et il ne tiendra qu’à toi de faire des grâces dont il sentira tout le prix.
La princesse du Calhay ignorait ce changement. Elle but de l’eau fatale, et en la buvant elle éteignit toutes les flammes qui la dévoraient. Si le seigneur de Montauban lui avoit paru jusqu’alors le plus aimable des mortels, elle ne se souvient plus de lui que comme d un homme indigne de son attention ; tous les sentiments de haine et d'horreur que ce paladin avoit eus pour Angélique, elle les a maintenant pour lui ; elle s’étonne d’avoir pu prendre de l’amour pour un ehe-
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ROLAND L’AMOUREUX, valier qui mérite si peu sa tendresse , et rougit de confusion, quand elle repasse en sa mémoire les témoignages d’amitié qu’elle lui a donnés, et le mépris dont il les a payés. Se peut-il, disoit-elle en elle-même, que j’aie eu la foiblesse de suivre un homme que je dois détester! Ah! retournons en Orient, courons au secours de mon père, que mon intérêt seul a jeté dans les plus grands malheurs; et si je dois périr avec lui, je mourrai du moins sans trahir ma gloire et mon sang. La princesse, pleine de dépit et de honte d’avoir brûlé pour Renaud, remonta sur son cheval avec empressement. Elle alloit engager Roland à la ramener au Cathay, lorsqu'ils virent venir de leur côté un chevalier d’unecontenance toute guerrière. C’étoitlefilsd’Aymon.
Qui pourroit exprimer la joie qu’eut ce paladin, quand il reconnut. Angélique ? Il s’approcha d’elle, sans prendre garde au comte , et en suivant en aveugle les mouvements qui l’agitoient, il adressa ces paroles touchantes à la fdle de Galafron : Adorable princesse, je déplore un aveuglement dont je m’accuserai jusqu’à mon dernier soupir. Je me soumets à votre merci ; et, pour expier mon ingratitude, je suis prêt à subir le châtiment le plus rigoureux que vos charmes offensés.... Arrête, Renaud, interrompit impatiemment le fils de Milon, songe que tu parles devant Roland, et finis un discours que je ne puis ni ne dois souffrir. Tout intrépide qu’étoit le seigneur de Montauban, il fut étourdi de ces paroles; ce n etoit pas la valeur de son cousin qu’il appréhendoit , mais d lui avoit cédé Angélique, et il ne pouvoit sans confusion s’en ressouvenir. Néanmoins il lui répondit dans ces termes :