‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 59 sur 215 · L I V RE VI, CII A P. V · texte numérisé non relu

L I V RE VI, CII A P. V

Comte, je suis lâché, je te jure, de te donner sujet de te plaindre de moi ; mais sache qu d ne m’est pas possible de faire autrement. Plutôt que de ne pas adorer Angélique, je consentirais que mon corps lût déchiré en mille pièces. Tu dois croire que celte princesse paraît aussi belle aux yeux des autres qu’aux tiens; souffre donc que les autres l'aiment. De vouloir l'empêcher, ce serait une folie, et lu aurais tous les hommes à combattre. La fille de Galafron, qui avoit entendu ce discours ayec beaucoup d'agitation, craignit alors que Roland ne s’adoucît : Cher comte, lui disoit-elle, delivrez-moi , je vous conjure, de l'objet de mon horreur; ce service surpassera tous ceux que vous m’avez rendus. Il n’en fallut pas davantage au comte d'Angers pour l’animer contre son cousin, dont le discours ne l’avoit déjà que trop aigri. Renaud, lui dit-il , puisque ta vuedéplaîtà la princesse, éloigne-toi promptement, ou bien je serai obligé de t’y contraindre par la voie des armes. Le lils d’Aymon , piqué de ce qu’il venoit d’entendre, repartit ainsi : Cette princesse n’a pas toujours tenu ce langage; et elle trouvera bon (pie je ne parte point d'ici que je n’aie su d’elle la raison de ce changement.

Ah ! je ne veux point d’explication avec lui, s’écria la princesse du Cathay, et, s'd demeure plus long-temps en ce lieu, je déclare (pic, confondant l'innocent avec le coupable, je vous fuirai tous deux, pour m’épargner le supplice de voir celui que je déteste. Cette menace, qui étoit également terrible pour ces guerriers, les fit frémir tous deux. Cependant aucun de ces rivaux ne voulant céder la place, ils s’avancèrent l’un sur l'autre

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ROLAND L'AMOUREUX, avec la même animosité qu’ils avoient fait paroître devant Albraque, et commencèrent un horrible combat. Durandal et Flainbcrge firent retentir la forêt et voler à terre les plastrons et les mailles des hauberts. A ce cruel spectacle, Angélique fut quelques moments incertaine du parti qu’elle prendroit. Si autrefois elle appréhenda que la valeur de Roland ne fût funeste à Renaud , elle craignit alors le contraire, et qu'elle ne devînt la proie du fils d’Aymon.

Dans cette crainte, elle prit la fuite avec autant de vitesse que si on l’eût poursuivie. Elle ne cessa de courir, jusqu’à ce que son cheval fatigué d’une longue course, eût ralenti son ardeur. Elle rencontra une troupe de gendarmes, conduits par un chevalier couvert d’armes magnifiques, qui la salua fort civilement. Dans le besoin qu’elle avoit d’appui contre les audacieux qui [louvoient l’insulter, elle s’approcha du guerrier, et lui dit d’un air plein de charmes : Seigneur chevalier, votre noble maintien me donne la hardiesse de vous demander si, parmi ces gens de guerre qui marchent sous vos ordres, il y a quelque sûreté pour une infortunée que le destin a conduite ici du fond de l’Orient. Madame, répondit-il, ces cavaliers sont de l’armée de l’empereur Charles, qui me suit, et dont j’ai l'honneur de commander l’avant-garde. On me nomme Olivier, et je fais mon premier devoir de chérir et de protéger la vertu. IVous marchons vers les Pyrénées, pour nous opposer au roi Marsille, qui ligué avec Agramant contre nous se propose d’entrer en France par cet endroit. Notre année est la [il us belle qu’on ait vue depuis long-temps dans ces climats; et si nous avions avec nous les pala-

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