‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 65 sur 215 · LIVRE VI, CHAP. Vil · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAP. Vil

tic faire à Rodomont une réception digue de lui; car il descendit de son tronc, et le conduisit au quartier des princesses. C’étoit alors la coutume îles Espagnols, ainsi tjue des autres peuples qui tirent leur origine des Africains, de mener leurs dames avec eux, dans la pensée que les ayant pour témoins de leurs exploits, ils en avoient plus de courage. Marsille, accompagné de Balugant et de l’aleiron, ses frères, présenta le roi d’Alger à la reine et aux autres princesses, parmi lesquelles la charmante Doralice de Grenade brilloit comme un soleil qui commence sa carrière dans un beau jour. Sa taille et son visage, qui l'auroient fait prendre pour une déesse, augmentèrent l’amour de Rodomont, qui, dans les mouvements que cette beauté lui inspiroit, avoit peine à trouver des expressions convenables à l'accueil gracieux que lui faisoit toute cette belle cour.

Quand Charlemagne partit d’Aix-la-Chapelle pour marcher vers les Pyrénées, il ne savoit pas encore le siège de Montauban; mais il en fut bientôt instruit par le courrier du duc Aymon, qui le joignit à Bourges. L’empereur fît le plus de diligence qu'il lui fut possible; et, voulant surprendre les infidèles, il déroba si bien sa marche, qu'un matin, à la pointe du jour, il se trouva devant eux. Avant que de les attaquer, il déclara aux deux amants d'Angélique que celui qui rendroil de plus grands services à l’empire seroit le plus favorisé de cette princesse.

Les deux rivaux n’osèrent se plaindre de ce jugement, et se préparèrent à mériter par des exploits plus qu humains le grand prix qu’on prometloità leur valeur.

Ji U L A N D L’A M O UR E U X.

Les premiers corps de l’armée françoise fondant sui leurs ennemis, mirent la confusion parmi eux. Le roi Salomon de Bretagne et Richard de Normandie, avec les braves comtes de Montfort et de Rivière, suivis de la fleur des chevaliers, tant Bretons que Normands, firent un grand désordre. Si le roi Balugant, Serpentin, son fds, l’amiral d’Espagne et Grandonio ne se fussent opposés à ces guerriers, tout un quartier du camp de M arsille eut été taillé en pièces; Charles fit marcher au secours des Bretons et des Normands, qui commençoient à plier, le marquis de Vienne, le duc Naime, le comte Ganelon et Ogier le Danois, avec les corps qu'ils commandoient. Marsille envoya contre eux le brave comte d’Almerie , Folicon , son fils bâtard , les rois Larbin , Stordillan, Baricon, Sinagon, Maradasse et PArgaliffe. Plusieurs autres princes s’y joignirent de part et d’autre, et l’affaire alors devint générale. La campagne, en un moment, fut jonchée de chevaliers et de chevaux morts ou mourants; les tronçons de lances volèrent en l’air, et les coups firent retentir les éeus.

Les vaillants Salomon et Richard y firent de belles actions ; mais la fureur de Grandonio et le courage de Serpentin leur auroient été funestes, si le marquis Olivier et l’archevêque Turpin ne les eussent tirés de péril. Ogier etRambaud, duc d’Anvers, s’y joignirent, et obligèrent les infidèles à reculer. Falciron, Malgarin , le roi Morgan et Alanard, prince de Barcelonne, vinrent secourir leurs compagnons d’un côté; et de l’autre , les rois d’Arragon, Dorifebe de Valence, le comte de Gironde, Marigand et le géant Maricolde de Cadix; ils fondirent tous ensemble sur les chrétiens avec tant de

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