CHAPITRE VIII
Le roi Agramant arrive au secours de Vannée d Espagne.
Le roi d’Afrique avec scs troupes avoit pris terre à Tarraeone, d’où il s’étoit avancé vers les Pyrénées, et il avoit fait tant de diligence, qu'il étoit arrivéassez à temps jjour sauver l'année espagnole. La gendarmerie françoise poursuivoit sa victoire avec tant de rapidité, que les premiers escadrons africains, qui marchèrent pour soutenir Marsille, furent entraînés avec lui. Néanmoins ces nouvelles troupes arrêtèrent la déroute des Espagnols, et le combat recommença. Les princes Sarrasins, honteux d'une fuite oii ils s’étoient engagés, moins par effroi que par la confusion qui avoit régné jusque-là, revinrent à la charge avec les guerriers d’Afrique.
Ils fondirent tous en même temps sur les chrétiens avec beaucoup de fureur. L’orgueilleux Larbin, roi de Portugal, n’eut pas plutôt aperçu Renaud monté sur un cheval qui lui parut le plus fort de l’univers, qu’il eut envie de s’en rendre maître. Pour y réussir, il prit une lance d’un de ses chevaliers, et se porta sur le fils d’Aymon; mais son bras étoit trop foible pour abattre ce guerrier, qui, plus ferme qu’un roc à son atteinte, lui lit voler la tête, en passant, d'un coup de Flamberge; puis, ce paladin se poussant sur Dudrinasse, roi de Libicane , qui avoit lu taille d’un géant, il le
heurta du poitrail de Bayard avec tant de force, qu’il culbuta par terre lui et la forte jument qu’il montoit. Le nerveux Marigan eut l’audace de vouloir venger le comte de Girone; il attaqua Renaud, qui le fendit jusqu’à la ceinture. Alanard de Barcelonne se présenta devant ce rude guerrier; mais il en fut frappé avec tant de vigueur, qu’il tomba tout étourdi. Dorifebe de Valence , et après lui, l’Argaliffe, Folicon et le roi Morgand eurent la même destinée.
Le comte d’Angers de son côté, remarquant que le roi d’Arragon venoit d’ôter la vie au duc de Clèves, prit une lance des mains d’un chevalier franeois , défia par un cri ce vaillant monarque, et le perça d'outre en outre quand ils vinrent à se rencontrer. 11 renversa ensuite les rois de Grenade et de Majorque, tua Soridan et Tanfîrion , l’un souverain d’Hespérie, et l’autre d’Almazille, et coupa l'épaule avec le bras à Maricolde de Cadix, géant terrible, et dont la valeur avoit été funeste à un grand nombre de chrétiens. Maradasse , roi d’Andalousie, qui venoit de voir cet épouvantable coup, n’osant attendre un pareil ennemi , se mêla parmi la foule; mais ce lâche ne put éviter son mauvais destin; il tomba sous le fer du marquis de Vienne , qui le fendit jusqu’au menton; et ce brave paladin, après cela, priva de vie les rois Sinagon, Malzaris et Folvident.
D’autre part, Ferragus et Rodomont faisoient un carnage horrible des chrétiens : tels que deux lions qui , sortant d’une forêt, découvrent des troupeaux dans la plaine, ces deux Sarrasins se jetoient sur les guerriers de l’empereur Charles, et les mettoient en pièces. On eût dit que le ciel avoit résolu la perte de l’empire ro-