‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 74 sur 215 · LIVRE VI, Cil AP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE VI, Cil AP. IX

Il rendoit trop de justice à son courage pour en attribuer la cause à la crainte du succès du combat ; dans les mouvements de colère qui l'agi toienl, il se saisit d'une lance, et fondit sur les chrétiens. Le premier sur lequel d exerça sa vengeance lut le bon archevêque Turpin , qu'il culbuta les jambes par-dessus la tète ; puis il perça de la même lance le duc de Bayonne; et, du premier coup de Balisarde, il fendit jusqu’à la ceinture le malheureux comte d’Alby. Le roi Salomon, les quatre fils du due Naime furent blessés et renverses par ce guerrier redoutable, qui tua le brave duc d'Orléans, prince du sang royal de France. Sinibalde, comte de Hollande, Aiguald, duc d’Irlande, quoique de race de géant, et le vaillant Danibert, roi de Frise, tombèrent sous les coups du prince Boger.

Sur ces entrefaites, Renaud, Olivier et le Danois, qui avoient combattu jusque-là contre Ferragus, Grandonio et Serpentin, en furent séparés par la confusion qui régnoit partout ; le marquis de Vienne, remarquant le desordre que causoit Roger parmi les chrétiens, poussa son cheval sur lui, et l’étourdit d’un pesant coup d’épée, qu'il lui déchargea sur le casque. Roger ne s’étoit pas encore remis fie ce coup, quand Grifin le Mayençois, le prenant par derrière, fondit sur lui la lance en arrêt, et le porta par terre; mais le traître Grifin n’eut pas à se vanter de cet exploit : car le roi Sobrin, qui avoit vu le coup, désarçonna le Mayençois lui -même d’un coup qu’il lui appliqua sur la tête. Le jeune prince africain s’etoit relevé fort irrité contre Grifin; et, 1 ayant vu a pied comme lui, il courut à lui 1 épée haute, en lui criant d’une voix menaçante : At-

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tends, perfide, je vais t’apprendre comment il faut traiter ceux qui ont un cœur aussi lâche que le tien. C.rifin , épouvanté de l’action de Roger, n’osa l’attendre: il se mit à fuir du côté oii il voyoit le plus de chrétiens; et, connue le prince africain le poursuivoit toujours vivement sans se détourner pour aucun obstacle qu’il rencontrât, le Mayencois s’adressa au fils d’Aymon qu'il aperçut: Ah! Renaud, lui dit-il d’un ton qui marquoit assez son effroi, viens me délivrer, de grâce, de ce cruel Sarrasin qui veut m’ôter la vie. Le généreux Renaud ne lui refusa pas son secours : il se mit entre Roger et lui ; mais voyant l’Africain à pied, il descendit de cheval pour le combattre. Ces deux vaillants ennemis se chargèrent avec autant de vigueur que s'ils n’eussent point combattu de toute la journée.

Us furent bientôt séparés par toute l’armée africaine qui tomba sur eux. Agramant, avec les rois ses vassaux , chassoit devant lui les chrétiens, comme un loup affamé qui poursuit un troupeau de moutons. Charlemagne ne peut plus se défendre. Le superbe Martazin se vante qu’il prendra cet empereur pour en faire son prisonnier et son esclave. Le roi d’Alger se joint à lui; des ruisseaux de sang chrétien coulent partout où ils passent; les Africains, qui les suivent, excitent une telle rumeur, que toute la campagne en tremble; et le ciel est obscurci du grand nombre de flèches qu'ils décochent. Les chrétiens fuient de tous côtés, et ceux qui veulent résister périssent. En vain le fort Dudon , Guy de Bourgogne, le prince Ottacier et les paladins de la cour se défendoient vaillamment : ils furent accablés par la multitude, et Charles fut entraîné avec eux.

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