‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 75 sur 215 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la glorieuse entreprise de V empereur Mandricart.

On a parlé ci-devant des ravages tpie Mandricart a voit causés dans les royaumes d’Astracan et de Circassie, et des terribles apprêts qu'il faisoit pour venir venger au Cathay la mort de son père, Agrican. Ce jeune prince avoit une telle impatience d’exécuter son dessein, et il pressa de manière son armement, que son armée, quelque nombreuse qu'elle fût, se mit en marche plus tôt qu'on ne le pensoit. Elle tenoit vingt lieues de pays. Les princes voisins, alarmés de cette grande puissance à laquelle rien ne pouvoit résister, accordèrent la liberté du passage.

Galafron , averti de forage qui venoit fondre sur lui, prit le parti de se remettre à la discrétion de son ennemi. Le départ de sa fille, du comte et de Drandimart, l'avoit laissé dans la consternation, et la diligence que Mandricart faisoit dans sa marche lui avoit ôté l’espérance d’être secouru par Gradasse. Le vieux roi du Cathay se présenta devant le nouvel empereur des Tartarcs d’un air qui n’avoit rien de bas ni d'altier. Seigneur, lui dit- il, qu’est- il besoin d'une puissance si formidable contre un roi qui n’est point votre ennemi? Puis-je vous regarder autrement que comme un prince qui me doit être odieux, répondit Mandricart ? Le grand Agrican, mon père, n'a-t-il pas perdu la vie devant les

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murs d'Alhraque ? Puissant empereur, répliqua Galafron, si le courageux. Agrican a fini ses jours clans ce pays, songez qu'il s'est attiré lui-même son malheur. Pourquoi venoit-il attaquer, dans le sein de leurs foyers, des peuples qui ne l’avoient point offensé? Le ciel protégea leur innocence, et envoya du fond de l’Occident un guerrier dont la valeur fut funeste au brave Agrican : c[ue si les devoirs du sang vous obligent à poursuivre la vengeance de ce grand prince, il ne vous peut être glorieux de le venger que sur son meurtrier, et non sur des peuples.... Ah! s’écria Mandricart tout brûlant de colère, c’est ce guerrier que je viens chercher; c’est lui que je veux sacrifier à mon ressentiment, et non vos peuples. J’aurois honte de souiller mon cimeterre de leur sang.

Ce n’est pas ici, reprit le vieux roi, qu’il faut le venir chercher. Il a pris le chemin de la France, et c'est dans les seuls climats d'Occident que vous pouvez le rencontrer. Galafron se tut après ces paroles, et Mandricart lui repartit : Sage roi , retournez à la ville d’Albraque, et sovez sûr que je ne troublerai point votre repos. Alors le Tartare l’ayant embrassé le congédia, et fit retirer tous les rois ses vassaux : il renvoya aussi son armée, se déterminant à suivre en France le comte d’Angers, et jurant de ne point revoir ses états qu’il n’eût vengé sur ce paladin la mort d'Agrican. Il prit même la bizarre résolution de partir à pied et désarmé, comptant que sa valeur et sa force suffiroient pour lui faire acquérir un bon cheval et de bonnes armes. 11 vouloit lui seul exécuter son dessein. 11 prit la route du royaume d’Eluth, qu’il traversa pour entrer dans

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