LIVRE VI, CIIAP. X
Je pays tics Calmoucks, oît il rencontra sur le bord cl un ruisseau, quicouloit dans une grande vallée* un pavillon assez riche. On voyoit tout auprès un vaste rond de flammes qui entouroient un magnifique chutcau, revêtu d un fossé de marbre rempli d une eau très claire; et ce qu'il y avoil de j)l us merveilleux, c est que ces flammes, quoique très vives, sortoient du sein de la U'iTc* , sans qu i! parut sur sa surface aucune matière qu elles consumassent.
Le guerrier s’approcha du pavillon, à l'entrée duquel il aperçut un écriteau oii éloient ces paroles : Si lu ne te sens pas assez (le courage pour passer au travers de ces J/am/ues, ne te hasarde point d’entrer sous ce pavillon. Ab! s'écria le magnanime empereur, quand je devrois allumer sur mon corps toutes les flammes des enfers, il ne sera pas dit que la crainte ait eu quelque pouvoir sur un cœur comme le mien. En même temps il leva sans balancer un des pans du pavillon, et entra sous la tente, oîi il ne trouva qu'un pilier de marbre blanc, qui etoit place an milieu , et une table de marbre noir qui y éloit adossée, et sur laquelle il vit cette inscription en lettres d'or : Chevalier , que la fortune a conduit en ce lieu , auras- tu la honte d'y être entré sans aspirer a la gloire de conquérir les armes du fameux Hector , que la sage Andronie a conservées jusqu'à ce jour dans ce palais que tu vois au milieu des flammes.
Lorsque Mandricart eut lu ces paroles : Sage Andronie, dit-il à la fée, comme si elle eût été présente, je ne me promets pas d'achever la glorieuse aventure que vous me proposez, mais du moins je la tenterai. Je suis parti du Calhay dans le dessein d’acquérir un
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cheval et des armes par ma seule valeur ; serois-je assez lâche pour changer de sentiment à la vue du péril? Alors il sortit du pavillon, et prit le chemin du château; mais, avant que de s’en approcher, il arracha la branche d’un orme , pour s’en servir au défaut de l’épée dont il n’avoit pas trouvé occasion de faire la conquête; et quand il fut auprès des flammes, il se jeta dedans; il les traversa en courant, non sans souffrir d’extrêmes douleurs. Comme il n’avoit point d’annes, tous ses habits furent brûlés, et le feu pénétra jusqu’à la chair vive. Pour éteindre l’ardeur qui le consumoit, il se précipila dans le fossé du château dès qu’il y fut parvenu; néanmoins l’eau ne put apaiser les douleurs que ces flammes avoient causées dans toutes les parties de son corps. Il passa le fossé à la nage, monta sur l’autre bord, et se trouva à la porte du château, à laquelle il vit une riche robe suspendue. Il s’en couvrit sans hésiter; et d’abord qu’il en fut revêtu, o merveille étonnante ! il sentit son corps sain , et toutes ses douleurs se dissipèrent.
Plein de la joie que lui causoit cet événement , il entra dans le palais; il traversa une cour qui le conduisit à un superbe édifice de marbre ; il se disposoit à monter six degrés pour gagner un vestibule, lorsqu’un vent impétueux le jeta par terre à dix pas de là, quelque effort qu’il pût faire pour se soutenir; il se releva tout honteux de sa chute; et, ramassant toutes ses forces, il se rapprocha du vestibule, et y entra malgré l’orage qui continuoit. Alors un nombre infini de spectres et de lutins l'assaillirent, et s’opposèrent à son passage; mais, avec sa massue, il écarta tous ces