CHAPITRE XI
Etrange aventure de Grifon et d’ Aquilant.
Le lecteur sera peut-être curieux d’apprendre par quelle aventure les fils d’Olivier avoient été enchantés dans le palais d’ Andronie. Voici ce que le docte archevêque en rapporte dans ses chroniques: Les deux frères, trompés par l’artificieuse Origile, étoient sortis de la ville d’Eluth dans le dessein d’aller joindre leur oncle
Roland l’Amoureux, n. n>
Roland; mais, quelque diligence qu’ils pussent faire, ils s’aperçurent qu’ils se donnoient une peine inutile. Ils ralentirent l’ardeur de leur marche que leurs chevaux n’auroient pu continuer plus long- temps. Une autre raison les obligea même de s’arrêter dans une ville des Cahnoucks. Origile tomba malade; et cette maladie les retint quelques jours dans cette, ville, au grand déplaisir d’Aquilant, qui, dans l’impatience qu’il avoit d’arriver en France , ne s’accominodoit guère de l’amour que son frère conservoit toujours pour Origile, dont il commencoit à connoître le mauvais caractère.
Cette perfide femme, pendant qu’elle étoit convalescente, se sentit éprise d’une ardente passion pour un chevalier qui arriva dans riiotellerie oh elle logeoit avec les paladins. Ce chevalier, qui étoit parfaitement beau, devint de son côté amoureux d’Origile. Leurs yeux cherchèrent à se faire entendre, et y réussirent. En un mot, ces amants firent si bien, qu’ils trouvèrent l’occasion de se parler en secret à l’insu des deux frères; et leur intrigue alla si loin, que la veille du jour que les paladins avoient choisi pour se remettre en chemin, la volage Origile disparut. Grifon la chercha vainement dans la ville, et malgré l’infructueuse perquisition qu'il en faisoit, Aquilant n’eut pas peu de peine à le faire partir avec lui. Quelque mépris que Grifon dût avoir pour une pareille dame, son cœur ne pouvoit s’en détacher. Après cinq ou six jours de marche, ils se trouvèrent dans la vallée où étoit le palais d’Andronie. Us ne purent s’empêcher de tenter l’aventure , quoiqu’ils eussent d’assez bonnes armes pour ne devoir point envier cellesd’Hector. Ils passèrent au travers des (lamines.