I JO
ROLAND L’AMOUREUX, de ses pattes, cherchant le défaut de scs armes pour dé vorer sa chair. Certainement Grifon couroit un très grand danger, si son frère, pour voler à son secours, n’eût pris le temps que le magicien employoit à remettre un de ses bras, qui venoit de lui être coupé. Le crocodile , voyant venir à lui Aquilant la lance baissée, quitta Grifon, et courut, la gueule béante , au-devant de son frère, qui lui fourra sa lance si avant dans la gueule, qu’il lui en perça le cœur.
Ce beau coup ayant délivré le fils d’Olivier d’un si dangereux animal , ils retournèrent vers Horrifie, qu’ils frappèrent en même temps. Ils lui coupèrent chacun un bras, qu’ils ramassèrent et jetèrent dans la mer le plus loin qu’il leur fut possible. Mauvais enchanteur, dit alors Grifon au géant, cours maintenant après tes bras. Le magicien s'approcha de la mer, et se jeta dedans tout armé et mutilé qu’il étoit. Les deux guerriers regardoient son action avec étonnement, et ne s’attendoient pas à le voir revenir avec ses deux bras remis. Cependant Horrifie , après avoir fait le plongeon, reparut un moment après sur l’eau avec tous ses membres , et disposé, en apparence , à combattre sur de nouveaux frais. Est-il possible, s’écria Grifon, que le ciel ait accordé à ce monstre un semblable pouvoir ! Les deux frères se préparaient à combattre encore le géant, malgré les prodiges qui venoient de les étonner, lorsqu'ils aperçurent un chevalier qui venoit vers eux avec un géant qu’il menoit attaché par une chaîne; mais l’auteur de cette histoire les abandonne là pour retourner au jeune Roger, qui avoit perdu son cheval par la trahison de Grifin le Mayeneois.