CHAPITRE XIII
De l'origine du prince Roger.
Après le départ du roi d’Alger, le jeune prince africain dit à Bradamante : Brave chevalier, comme tout ce pays est rempli de Sarrasins, je ne vous conseille pas d’aller seul. Ils me connoissent; j’ai même quelque pouvoir parmi eux, et je m’offre à vous accompagner jusqu’à ce que vous soyez en sûreté. L’envie que la sœur de Renaud avoit de connoître ce guerrier l’obligea d’accepter la proposition. Quand ils se furent mis en chemin, la dame lui témoigna d’une manière si engageante la curiosité qu’elle avoit de savoir qui il étoit, qu’il ne put se défendre de la satisfaire. Ce qu’il fit en ces termes :
Personne n’ignore le sujet de la guerre de Troie. O11 sait que les Grecs, voulant détruire la nation Iroyenne, firent mourir tous les prisonniers après la prise d’ilion. Ils sacrifièrent même sur le tombeau du grand Achille la belle Polyxène, en présence de la reine Hécube, sa mère; ils cherchèrent partout le fils d’Hector, pour lui faire subir le même sort; mais Andromaque, sa mère, après l’avoir caché dans un sépulcre écarté, prit un autre enfant entre ses bras, et s’enfuit avec lui. Les Grecs, trompés par l’apparence, suivirent cette princesse, et la tuèrent avec l’enfant supposé qu’elle tenoit, pendant qu’un ami d’Hector se chargea d’élever le vé-