LIVRE VI, CHAR. XIII. là
i'i table Aslianax. Le généreux ami du fils de Priant passa la mer avec l’enfant, et se réfugia dans file du Feu ; c'est ainsi nue se nommoit la Sicile, à cause des flammes qu’y vomit le mont Gibel.
Astianax devint grand, et le sang d’Hector qui coûtait dans ses veines lui fit former des entreprises dignes de sa naissance. Les villes d’Argos et de Corinthe, les plus célèbres de la Grèce, souffrirent beaucoup de ses expéditions. Il conquit sur le géant Agranor, tyran d'Agrigcnte, une belle dame sicilienne, qu’il épousa dans la ville de Alessine, dont elle étoit princesse. De là il fit des courses sur les Grecs, jusqu'à ce qu’enfin un d’entre eux, nommé Adrastus, le tua par trahison. Sitôt que le bruit de sa mort se fut répandu dans les pays voisins, les Grecs levèrent une puissante armée, et se rendirent devant Messine, qu’ils assiégèrent. La veuve du fils d'Hector, alors enceinte de six mois, ne jugeant pas que la ville pût soutenir un long siège , se sauva dans une barque. Elle passa le fameux détroit oh les vagues furieuses font trembler en tout temps les montagnes voisines, et arriva heureusement à Regge, qu’on nommoit alors Rize, tandis que la plus grande partie des vaisseaux grecs qui la poursuivoient furent submergés par la tempête, ou fracassés les uns contre les autres.
La dame, au bout de son terme, accoucha dans la ville de Rize d’un prince dont les cheveux étoienl plus luisants que l’or fin , et qu’on nomma Polidore, du nom d’un fils de Priam. Polidan naquit de ce Polidore de Rize, et fut père de Folvian, qui, de deux femmes différentes, eut Clodoaque et Constant.
làS ROLAND L’AMOUREUX.
Ces deux derniers princes devinrent les souches de deux races fameuses, qui ont fait honneur aux siècles suivants. Constant perpétua la sienne jusqu’au grand Constantin, empereur de Rome, son descendant; et l’un de ses fds, nommé Artenis, fut père du courageux Florel , d’où sortit Floravant et ses autres successeurs jusqu’à Pépin, père de l’empereur Charlemagne.
La race de Clodoaque, après avoir donné de vaillants guerriers à l’Italie, fut divisée en deux branches, dont l’une régna dans l'Omhrie, et l’autre à Rize. Cette dernière ville fut gouvernée par de grands princes jusqu’au duc Rampale, qui fut tué traîtreusement avec ses autres enfans par son propre fils Bertrand. Roger, mon père, fut le premier des Fils de ce duc, et le plus brave prince de toute l’Italie. Dans le cours de ses aventures, ayant été jeté par la tempête sur les cotes de l’Afrique , où régnoit alors le roi Agolant, aïeul de notre puissant monarque Agramant, il fut épris des charmes de sa Fille Galacielle. Il entreprit, pour la mériter, un grand nombre de faits d’armes dans la cour de Bizerte, où il passa pour un prodige de valeur parmi tous les chevaliers africains. Galacielle, charmée de son courage et de sa bonne mine, reçut ses soins, et se rendit à sa persévérance. Ces deux amants, toutefois n’osant se flatter qu’Agolant consentît à leur union, se dérobèrent de la cour de Bizerte , et s’embarquèrent secrètement pour l’Italie. Ils arrivèrent à Rize, où Roger épousa publiquement sa princesse dans le palais du duc Rampale, son père, aux acclamations de tous ses sujets.
Mais à peine eurent -ils goûté les douceurs d’un hymen si bien assorti , que la fortune, jalouse de leur