LIVRE VI, CIIAP. XV. i
d'un sa\ant païen, et larmée de l'empereur Charles, privée du secours de ce chevalier, a été défaite. Alors Je saint homme leur raconta les principales circonstances de la bataille sanglante qui s’étoit donnée devant Montauban, de quoi ils furent fort étonnés : ils ne pouvoient comprendre qu’un hermite pùt être instruit de pareilles choses. Ils regardèrent le solitaire comme un saint, et ils écoutèrent toutes ses paroles comme autant d’oracles.
Le fils de Monodant ne manqua pas de lui demander par quels moyens Roland pouvoit être désenchanté. Le vieillard lui donna là-dessus toutes les instructions nécessaires; ensuite iloffril quelques fruits à ses botes, qui en firent un frugal repas, et qui passèrent après cela la nuit sur deux, petits lits de mousse qui étoient dans l hermitage. Pour le saint homme, il demeura jusqu’au jour en oraison. Dès que le soleil parut, Brandimart et Fleur-de-Lvs prirent congé de l hermite, et se mirent en chemin. Ils se trouvèrent le lendemain à quatre ou cinq lieues de l’endroit où Roger avoit soutenu un si grand combat contre les cinq rois africains.
Le jeune Roger, après s’être délivré de ses ennemis, ne s’appliqua plus qu’à chercher Bradamante, sans laquelle il senloit qu’il ne pouvoit plus vivre; mais, ne pouvant la trouver, il marcha toute la nuit à l’aventure. Le jour suivant, il rencontra sur line petite colline deux chevaliers qui le saluèrent en passant. Il étoil tellement enseveli dans ses amoureuses pensées, qu’il ne prit point garde à eux, et ne leur rendit point le salut. Ils lurent choqués de ce procédé, et l'un des deux dit à 1 autre : Il faut que ce chevalier ait pris naissance