ROLAND L’A M O U R R L X
chez un peuple bien grossier. Il est vrai, dit l’autre, que ses manières démentent sa bonne mine. Roger entendit ces dernières paroles, et s'apercevant de la faute qu’il avoit faite, il voulut la réparer. Il fit des excuses aux chevaliers de son incivilité, les priant de la pardonner «à la distraction que l’amour lui causoit.
Les deux guerriers, qui étoient les rois Graciasse et Mandricart , furent satisfaits de ses excuses. Ta courtoisie , lui dit le roi de Sericane, nous fait juger cjue tu es bien amoureux. Si lu as besoin de notre secours, tu peux compter sur nous. Seigneur, répondit Roger, j’ai perdu la compagnie d’une personne avec qui j’allois ; si vous l’avez rencontrée en votre chemin, je vous conjure de me le dire. Nous n’avons rencontré ni chevalier ni dame, dit Mandricart; mais nous nous offrons à chercher avec vous la personne dont vous êtes en peine. Le jeune Africain accepta l’offre, et parcourut avec eux toute la campagne des environs. Pendant que ces trois guerriers marchoient ensemble, Mandricart jeta les yeux sur le bouclier de Roger, et surpris de sa devise : Apprenez-moi , je vous prie, lui dit-il, quel droit vous avez de porter dans votre écu la devise que j’y vois ? Mon origine, répondit l’Africain, m’autorise à la prendre; mais vous, qui la portez aussi, continuat-il, êtes-vous d’une race à pouvoir honorer vos armes de cette fameuse aigle troyenne que portoit autrefois le grand Hector? J’ai acquis dans certaine aventure, répliqua le Tartare, les armes dont vous me voyez revêtu, et qui furent autrefois celles de ce vaillant fils de Priam. Je veux les conserver, ajouta-t-il : si vous tirez votre droit de votre naissance, je lire le mien