‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 97 sur 215 · L1VP.K VI, CHAI’. \ VI · texte numérisé non relu

L1VP.K VI, CHAI’. \ VI

saie, son cher Brandimart assis au pied de la naïade (| u i I avoit séduit. Que devint -elle à ce spectacle:’ son cœur gémit de I injure qui etoil faite à sa tendresse. Dans son jaloux ressentiment, elle courut au prince d I luth , et lui mit sur la tète une des guirlandes qu’elle avoit au liras, en lui disant : Infidèle epoux, reprends ta raison égarée, et vois le tort que tu fais à mon amour. Brandimart ne fut pas sitôt couronné de ces fleurs, que la naïade disparut en jetant un grand cri. Le chevaliei rentra aussitôt en lui- même, et courut embrasser tendrement sa chère Fleur-de-Lys. Il lui fit des excuses de l'avoir ainsi quittée pour suivre cette nymphe, el rejeta sur le charme des naïades l’égarement de son cœur. La princesse parut se payer de scs raisons, e! lui remit entre les mains les quatre guirlandes qu’elle destinoit à désenchanter les autres princes.

Brandimart commença par le comte son ami, qu’il trouva aux pieds d’une naïade tout occupé du soin de lui plaire. Ce paladin, dès (pie son enchantement fui détruit, reconnut avec joie le prince d Eluth dans son libérateur. Ces deux amis ne pouvoient se lasser de s’embrasser, et Fleur-de-Lys, de son côté, entra dans les tendres mouvements dont ils étoient agités. 1 Is se rendirent compte de ce qui leur éloit arrivé depuis leur séparation; et le filsde Monodant apprit alors au comte d’Angers qu'il avoit été trompé par Allant; (pie Charlemagne n’avoit point été pris, mais qu'il avoit perdu la bataille, et s'étoit retiré vers Paris avec tout ce qu’il avoit pu rassembler de son armée. Enfin Brandimart lui dit tout ce que l’hermite lui avoit raconlé.

Roland ne fut pas plus tôt instruit de toutes ces

choses, qu’il voulut partir pour se rendre à la cour de Charles, où il jugeoit sa présence nécessaire dans l’état où se trouvoit l’empire romain, et pour s’approcher d’Angélique, dont il ignoroit la destinée. Son ami lui représenta qu'il falloit auparavant retirer des mains des naïades les trois princes qu’elles retenoient encore. Le comte approuva son dessein, et alla chercher avec lui Roger et les deux rois, qu’ils trouvèrent dans le palais de cristal, plongés dans les délices de l’amour. Ils les désenchantèrent; et, dans le moment, le palais, la fontaine et la forêt même s’évanouirent, et les cinq princes se trouvèrent avec Fleur-de-Lys et leurs chevaux dans la même plaine où Roger et Bradamante avoient combattu contre les cinq rois africains, sans comprendre comment ils y avoient été transportés, ni sans presque se souvenir que confusément de tout ce qui venoit de se passer chez les naïades.

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