PREMIÈRE PARTIE
nouvelle lettre , écoutez celle-ci; elle est, si je 11e me trompe, d'un procureur à un de ses clients. A la bonne heure, dit alors la marquise; j’en suis bien aise: car j’aime à la folie le stvle épistolaire de ces messieurs-là.
LETTRE 111
D’un procureur à un de ses clients.
Monsieur,
J’ai reçu votre missive, en date du dixième du courant; et, pour réponse, j’aurai l’honneur de vous dire, premièrement, que la bonne veuve dont vous m’avez procuré la pratique ne m’a pas envoyé une obole; aussi son procès va-t-il comme il plaît à Dieu. A l’égard du votre, Monsieur, qui est bon, tant dans la forme que dans le fond, le succès n’en est pas incertain, j’oserois vous en répondre; et c’est aussi le sentiment du savant avocat qui a fait vos causes et moyens d’appel. Je m’en fie bien à lui; il a plus employé de latin dans votre procédure , qu’il n’y en a dans vincU autres.
Quant à ce qui concerne mon petit ministère, je m’en acquitte avec une ardeur incroyable. J’ai mis vos pièces au greffe; et outre plus, j’ai composé un inventaire de production, lequel, sans vanité, peut passer pour un chef-d’œuvre. Ce n’est pas tout : il faut avec cela que je fasse un mémoire que nous fournirons pour contredit; car on ne sauroit trop bien défendre une
cause, pour bonne quelle puisse être. J’en chargerai mon fils Nicaisc, l’avocat, qui se fait tous les jours joli garçon; j’espère, Dieu aidant, qu’il fera bientôt du bruit au Palais. 11 plaida la semaine passée une cause qu’il perdit à la vérité, mais qui lui fit bien de l'honneur: tout le monde fut très content de son plaidoyer. Enfin, Monsieur, je vais pousser votre affaire avec toute la vigueur possible. De votre coté, pour seconder mon activité, envoyez-moi incessamment deux cents écus, tant pour payer ledit avocat, que pour satisfaire à mes frais, salaires et déboursés journaliers, sauf à répéter en définitif.
J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
procureur au parlement,
J’aurois été bien étonné, dit le vieux baron, si M. Rapin n’eût pas parlé d’argent dans sa lettre; car ces animaux-là n'écrivent à leurs clients que pour leur en demander; ils ressemblent aux fiacres, ils ne sont jamais contents. Messieurs, s’écria le pasteur en tirant de la malle une petite lettre sans enveloppe, faut-il lire celle-ci ? Elle a tout l’air de ne contenir que des choses peu dignes de votre attention. Lisez, lisez-la toujours à bon compte, répondit le chevalier; elle nous réjouira peut-être. Allons, reprit le curé, je vais vous satisfaire.