‹ Œuvres de Le Sage (volume 4)Chapitre 134 sur 191 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

dans une parfaite intelligence. La catastrophe est tombée tout entière sur le pauvre La \ iolette, qui a etc mis à la porte; et Cidalise a un nouveau laquais de la main du commandeur.

Le curé n’eut pas achevé ces derniers mots, que le chevalier, apostrophant dans ces termes le vieillard amoureux de Cidalise : Ah! commandeur de mon âme, s’écriât -il avec vivacité, que vous êtes doucereux! Vous méritez bien, ma foi, d’être la dupe d’une signera pour votre argent. A votre place, j’aurois rossé Cidalise, et l’aurois plantée là. Vous êtes trop chaud et trop bouillant, dit la marquise au chevalier; le commandeur est plus posé que vous. Il est vrai qu'il n’est plus dans un âge à devoir exiger d’une maîtresse une fidélité scrupuleuse; il a raison d’être indulgent. Qu’en dit monsieur le baron? Madame, répondit celuici , je suis de votre sentiment : tout galant suranné doit souffrir sans murmure un substitut. Tandis que les interlocuteurs s’égayoient de cette sorte, le lecteur se préparoit à leur lire une lettre dont voici la teneur.

LETTRE VI

D’un bourgeois de Paris, à un de ses amis en province.

Monsieur,

Notre ancienne amitié ne me permet pas de vous faire un mystère d’un événement arrivé dans ma famille depuis que vous êtes absent. Il estassez singulier. J’avois l e Sage. Théâtre, Mélanges. i3

1,94 I-A VALÎSE TROUVÉE,

dessein de marier mon fds, et j’avois jeté les yeux Staline fille majeure, belle, riche et de très bonnes mœurs : ajoutez à cela qu’elle a beaucoup d’esprit. Elle étoit, je ne vous dirai pas pourquoi, si prévenue contre le mariage, qu’elle rejetoit indifféremment tous les partis qu’on lui proposoit, en disant qu’elle vouloit toujours conserver sa liberté. Cependant mon fds, après lui avoir fait l’amour assez long -temps, eut le bonheur de vaincre sa prévention. Vous le connoissez; c’est un gaillard bien découplé; il n’a qu’un défaut : il est vif et badin jusqu’à l’étourderie. Vous me direz qu’il y a des femmes qui ne haïssent pas les jeunes gens qui sont de ce caractère; aussi plut-il à la fdle en question : elle reçut sa foi en lui donnant la sienne. Voilà donc un mariage arrêté; on en fait les préparatifs, et l’on en fixe la journée. Ce jour venu, mon fds va, d’un air galant et empressé, prendre la future pour la conduire à l’autel, oh déjà le prêtre les altendoil tous deux, pour les attacher au joug du mariage; mais mon malheureux (ils, chemin faisant, s’avisa, pour ses péchés, de lui dire en plaisantant : Sangaride , ce jour est un grand jour pour moi. Je vous mené a F église en cunant soumis et respectueux , et je vous en ramènerai en maître.

Ces derniers mots, quoique échappés pour divertir la future, produisirent un effet contraire: elle les prit de travers; elle crut qu’ils lui promettoient un infaillible esclavage; et dès ce moment, ne voyant plus qu’un tyran dans mon fds, elle feignit de se trouver mal. Elle se fit ramener chez elle; et là, s’adressant à son prétendu : Monsieur, lui dit-elle, allez chercher

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