‹ Œuvres de Le Sage (volume 4)Chapitre 135 sur 191 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

ailleurs une esclave; je ne veux point de maître. Il eut beau protester qu'il 11’avoit point parlé sérieusement, il ne put lui faire entendre raison. Ce mariage a donc été rompu de cette manière; mais, Dieu merci, la ville est bonne; je ne manquerai pas de brus. Je vous dirai même que j’en ai déjà une en vue : c’est une maîtresse (i 1 le que celle-là ; si mon fils l’épouse, il trouvera à qui parler; il pourra bien n’être pas tout-à-fait le maître chez lui.

Je suis, Monsieur, votre, etc.

Belle leçon! s’écria la comtesse, belle leçon pour les jeunes gens qui ont une intempérance de langue! Le fils de ce bourgeois, par son babil indiscret, a perdu l’occasion de s’établir avantageusement. Fi donc! Madame, dit le chevalier; vous moquez-vous? Loin de le plaindre, je le trouve heureux de n’avoir pas épousé une folle. Madame la comtesse a toujours raison de le blâmer, dit le baron , d’avoir hasardé une plaisanterie si déplacée. Silence! Messieurs, silence! interrompit le curé; voici la lettre d’un académicien : écoutez -la de toutes vos oreilles.

LETTRE VIT

D’un académicien de Paris, à une dame de Valogne.

Je ne puis, Madame, me lasser d’admirer l’élégance et la pureté de votre style; s'il a beaucoup de douceur, il n'a pas moins fie force; et vos pensées les plus rom-

lf)<> LA VALISE TROUVÉE,

mîmes sont exprimées si noblement, qu’on peut dire que votre prose est supérieure même à nos morceaux les plus soignés : c’est une vérité dont les esprits déprév et lus conviendront unanimement. J’ai lu dans une de nos conférences la dernière lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, et tous mes confrères en ont été charmés; quelques- uns même, pour enchérir sur les louanges des autres, l’ont fort spirituellement comparée au menuet parfaitement dansé; ce qui fait bien l’éloge de votre prose : car vous savez que ie menuet est la plus belle de toutes les danses. La comparaison, Madame, est bien flatteuse; permettez-moi de partager avec vous le plaisir qu'elle doit vous faire. Vous n'ignorez pas que personne ne s’intéresse plus que moi à votre gloire; si vous en doutiez, j’en serois inconsolablement affligé.

J’ai l’honneur d’être, etc.

La comparaison de la prose au menuet réjouit infiniment la compagnie, qui peut-être l’auroit trouvée un peu ridicule si elle n’eût pas été enfantée par un académicien; mais cette considération tint tout le inonde en respect, à l'exception duehevalier, qui, ne pouvant laisser échapper aucune occasion de polissonner, dit au curé : Monsieur le pasteur, je crois que tous vos prônes sont autant de menuets bien dansés. L’ecclésiastique , au lieu de répondre à cette mauvaise plaisanterie, se mit à lire sur nouveaux frais.

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