‹ Œuvres de Le Sage (volume 4)Chapitre 141 sur 191 · PR EM 1ERE PARTIE · texte numérisé non relu

PR EM 1ERE PARTIE

mais il faut l>ien que vous la sachiez. On vous a trompé, notre ami. Votre histoire persane est détestable, ou plutôt c’est un tour que quelqu’un vous a joué : il a d'ahord affecté d’écrire avec élégance. Les premières pages sont charmantes; mais tombant bientôt dans la dernière platitude, il continue sur ce ton-là jusqu’à la fin. Je vous dirai, de plus que les événements ne sont que des échos de Pharamoncl et de Cléopâtre. En un mot c'est l'ouvrage du ressentiment de quelque auteur qui croit avoir sujet de se plaindre de vous. Examinez-vous bien : n’auriez - vous point par hasard mécontenté quelqu’un de ces messieurs? C’est une question qu’on vous peut faire à vous autres. Non, répondit le marchand, je ne crois pas avoir lieu de soupçonner aucun auteur de m’avoir fait cette pièce, à moins que ce ne soit certain petit abbé boiteux, dont j'ai imprimé un livre à mes frais et dépens, et qui, devant partager avec moi le profit, s’imagine que je ne lui tiens pas un compte fidèle des exemplaires que je débite.

Voilà justement l’enclouure, s’écria le bel- esprit. Ne cherchez point ailleurs l’auteur de Siroés et Mirame. Mais pourquoi avez-vous acheté ce manuscrit sans me l'avoir fait lire auparavant ? Jl falloit en demander la communication, du moins pour quelques heures : vous n’auriez pas été trompé. J’ai tort, il est vrai, j'ai tort, lui répondit notre libraire. J’avoue qu’on peut me taxer d imprudence et d’étourderie. On m’a fait accroire que cet ouvrage étoit d’une dame de qualité. J'ai donné là-dedans comme un sot. Cependant, poursuivit-il, puisque la faute en est faite, n’en

I.A VALISE TROUVEE, parlons plus. Gardez-moi le secret; car si mes confrères apprenoient cette aventure, ils seroient les premiers à me tourner en ridicule. Je paierai mon billet sans dire mot, et je mettrai incessamment sous presse Siroés et Mircime : ce ne sera pas le premier mauvais livre que j’aurai fait imprimer, ni, s’il plaît à Dieu, le dernier; et j’en retirerai pour le moins ce qu’il m’a coûté, puisque les ouvrages les plus pitoyables trouvent des sots qui les achètent.

L’histoire que je viens de vous conter, Monsieur, est peut-être plus propre à vous rendre la bonne foi des libraires suspecte, qu’à vous prévenir en leur faveur; mais ces Messieurs, comme je vous l'ai déjà dit, sont aujourd’hui d’honnêtes gens qui n’ont en vue que le bien des auteurs.

Je suis, Monsieur, en attendant de vos nouvelles, votre, etc.

Un libraire et un auteur, dit le baron, sont deux espèces de fdoux qui ne peuvent l’un sans l’autre attraper l’argent du public. Aussi s’associent-ils ensemble pour cet effet;, mais, dans cette société, l’auteur n’a pour sa part que le sou pour livre. Je crois, dit la mar quise, que monsieur le baron ne se laisse guère filouter par ces gens-là? Ma foi non, Madame, répondit-il; je n’ai de ma vie acheté que le Cuisinier' François , et quelques livres de pratique : c’est tout ce que j’ai dans ma bibliothèque. Je n’aime point à lire; la lecture m’ennuie. A peine le baron eut-il achevé ces mots, que le curé commença la lecture d’une dépêche nouvelle qui étoit conçue dans ces termes.

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