‹ Œuvres de Le Sage (volume 4)Chapitre 152 sur 191 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tarda guère à so montrer, et elle parut aussi brillante que l'astre du jour.

Melchior, qui observoit son maître, remarquant qu il se troubloit, lui dit tout bas: lié bien! Seigneur, que pensez -vous de l'original? dément-il la copie? Pour en bien juger, lui répondit don Henrique, il faudrait (pie je visse de plus près dona Helena; mais, quoique je me fusse préparé à soutenir sa vue impunément , je te dirai de bonne foi que j'en suis vivement frappé. Je n’en doute pas, reprit le confident; et si j ét ois à votre place, j’en demeurerais là. Je reprendrais tout à 1 heure le chemin de mon château, oîi je ferais tous mes efforts pour oublier une femme dont , selon toute apparence, don Gaspard possède le cœur. Mon enfant, dit le comte, je prétends bien ne rien épargner pour la bannir de ma mémoire, et j’espère en venir à bout, quand j’aurai satisfait l’envie que j’ai de la contempler de près. Il faut pour cela, continua-t-il, que tu parles à son jardinier, et que tu l’engages par un présent à nous cacher chez lui, et à nous procurer l’occasion de voir sa maîtresse, sans qu’elle nous aperçoive. Don Henrique, remarquant que cette proposition n’étoit pas du goût de Melchior, lui dit: Mon ami, de grâce, ne me fais aucune représentation si tu veux me plaire. J’abuse peut-être de ton amitié; mais je me flatte que tu voudras bien encore avoir pour moi cette complaisance. Le confident aimoit trop son maître pour refuser de lui obéir, quoiqu’il n’approuvât pas son dessein, et qu’il en conçût même un présage funeste : Seigneur , lui répondit- il, je vous ai voué une obéissance aveugle. Je vais m informer de la demeure

aâo LA VALISE TROUVÉE.

du jardinier. J’aurai une conversation avec lui, et je

viendrai vous retrouver ici.

Melchior disparut donc à l’instant, et laissa don Henriquc devant le château. Le plaisir que ce seigneur prenoit à considérer son Hélène n’éloit pas sans amertume. Il avoit des observations à faire assez désagréables pour lui. Il voyoit auprès de cette dame l’heureux Peralte, qui s’entretenoit avec elle d’un air tendre; et ces deux époux lui paroissoient charmés l'un de l’autre : ce spectacle lui perçoit le cœur. Il fut plus- d’une fois tenté de se retirer, mais il n’en eut pas la force, et il demeura là jusqu’à la fin de la fête, à repaître ses yeux des marques de tendresse prodiguées à son rival.

Tous les villageois s’en étoient déjà retournés chez eux; et il n’y avoit plus devant le château que le comte, qui fut encore obligé d’attendre long-temps Melchior, qui vint enfin le rejoindre. Quelles nouvelles m’apportes-tu, lui dit don Henrique ? De très favorables, lui répondit le confident. J’ai gagné le jardinier, qui, pour deux cents pistoles, m’a promis de nous recevoir et de nous tenir cachés dans sa maison, jusqu’à ce qu’il ait trouvé l’occasion de satisfaire la curiosité que je lui ai dit que nous avions de voir de près sa maîtresse à notre aise. Cela étant, dit le comte, je me (latte que je pourrai bientôt contenter mes désirs, après quoi je te promets de nouveau que nous retournerons à la Tortuera.

Nos deux faux villageois ne tardèrent pas à se rendre chez le jardinier, qui d’abord les introduisit dans les jardins. Il les mena dans un cabinet de myrtes, où il y avoit tout autour des lits de gazon en dedans; et là, il

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