‹ Œuvres de Le Sage (volume 4)Chapitre 155 sur 191 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

tenoit donc caché dans le couvent tics pères de Saint- Dominique, tandis que, par ordre de son maître, on le cherchoit pour le livrer à la rigueur des lois.

Si sa majesté aragonnoise songeoit à venger la mort de don Gaspard, elle n'étoit pas moins occupée du soin de consoler sa veuve. Jl chargea un seigneur de sa cour d’aller à Belehite faire des compliments de condoléances à dona Helena, tant de sa part que de celle de la princesse Léonor, avec ordre de lui proposer en même temps de revenir, si elle vouloit, à Saragosse reprendre la place qu’elle y avoit occupée auparavant. La veuve de Peralte témoigna qu’elle éioit très sensible aux bontés du monarque, et de la princesse sa fdle; mais loin d’accepter la proposition, elle dit qu elle avoit résolu de finir ses jours à Belehite , et de mêler sa cendre avec celle de son époux. Le courtisan chargé de la commission eut beau lui représenter qu’au lieu de vouloir à son âge se soustraire aux regards de la cour, elle devoitplutôtse hâter d’y reparoître pour jouir du rare privilège que le Ciel lui avoit donné, de charmer tous les yeux. 11 eut beau épuiser son éloquence pour lui faire changer de sentiment, il ne put en venir à bout , et il fut obligé de l’abandonner à sa douleur.

Don Henrique de son coté n’étoit guère moins à plaindre que dona Helena. Le souvenir de sa faveur passée, et le chagrin de se voir banni de son pays, et de vivre éloigné de ses amis , le morlifioient extrêmement. Néanmoins les bontés que le roi de Castille avoit pour lui ne laissoient pas de le consoler un peu. Ce monarque lui permit de sortir de sa retraite.

et de lui faire sa cour : ce que Ribagore fit, de façon qu’en peu de temps il se rendit agréable à ce prince, et gagna l'amitié des grands de Castille. Le roi d’Aragon n’ignoroit pas ce qui se passoit à Tolède; mais il feignoit de ne le pas savoir, soit qu’étant mieux instruit des circonstances de la mort de Peralte, il fut moins en colère contre don Henrique, soit qu'il fût convenu avec le roi de Castille d’en user de cette sorte.

Quoiqu’il en puisse être, il y avoit déjà près de deux ans que le comte de Ribagore étoit à Tolède, lorsque sa majesté castillane résolut d’envoyer un ambassadeur àSaragosse, pour traiter du mariage du prince de Castille avec la princesse d’Aragon. Il prit envie à don Henrique de profiter de cette occasion pour aller revoir son pays incognito ; ou , pour mieux dire, ne pouvant résister à la force de son étoile qui l’entraînoit, il demanda permission d’accompagner l’ambassadeur, en promettant de revenir au plus tôt à Tolède; ce qui lui fut accordé à cette condition.

Il partit donc avec l'ambassadeur, et ils allèrent ensemble jusqu’à la ville de Daroca, où ils se séparèrent. Le ministre poursuivit son chemin vers Saragosse, et le comte passa la petite rivière de la Guerva pour se rendre à Ixar. Là, il dit à son confident : Mon ami, nous ne sommes pas ici loin de Belcliite; prends tout à l’heure la route de ce village, et va t’informer de doua Helena. Seigneur, lui répondit Melchior, que vous importe desavoir de ses nouvelles? O Ciel! quelle étoit mon erreur. Je m’imaginois que vous aviez oublié celte dame. Je le croyois moi-même , répliqua don Henrique; mais mon sort est de l'adorer toute ma

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