‹ Œuvres de Le Sage (volume 4)Chapitre 158 sur 191 · première PARTIE. 24<j · texte numérisé non relu

première PARTIE. 24<j

Jls arrivèrent en peu de temps à la porte de l’hotelimc; 1,ïais> avant que d’entrer, la dame assembla tout son monde autour d’elle, et parla dans ces termes: Mes a,nis» vous savez que nous venons ici pour punir le meurtrier de don Gaspard, votre maître; mais apprenez de quelle manière je prétends que se fasse celle punition. C’est à mon bras quelle est réservée. Je veux avoir toute seule le plaisir d’ôter la vie au ti-ailre qui a donné la mort à mon époux. Je me suis armée de ce fer, ajouta-t-elle en tirant un poignard « de dessous sa robe, pour exécuter moi-même ce des- « sein. Qu’on me conduise jusqu’à la chambre oi'i le « comte repose. J’y entrerai sans bruit, et à la sombre « clarté d une lanterne sourde, dont je me suis munie

" Percerai le cœur cet ennemi. Vous vous tien- « (Irez vous autres à la porte avec vos armes; et si j’ai

“ ,eSüin (!e votre secours, je vous appellerai. Telle est « ma volonté. Que personne de vous ne me contredise « sous peine de me déplaire. »

fous les domestiques furent étonnés de la vigoureuse resolution de leur maîtresse. Ils ne pouvaient la concilier avec la douceur naturelle et la beauté de cette dame. Néanmoins ils se disposèrent à lui obéir.

J 10te, a fonduislt a la chambre où don Henrique étoit couche; il en ouvrit doucement la porte, et se relira non sans avoir quelques remords d’être la cause du tragique événement qui se préparoi l dans sa maison. La vindicative Hélène s'introduisit donc dans la chambre enam sa lanterne d’une main, et son poignard de’ dU (— ell<‘ ne connoissoit pas Ilibagore par! feuherement, et que la haine lui en avoit fah former

2 4 4 la valise trouvée.

une affreuse idée, elle s'attendent, ainsi que Psyché, à voir une espèce de monstre, et elle fut fort surprise, lorsqu’à la faveur de sa lanterne, elle aperçut un jeune cavalier de très bonne mine, qui, les cheveux épars sur sa poitrine découverte, dormoit d’un profond sommeil. Au lieu de se jeter promptement sur lui et de plonger son poignard dans son sein, elle ne put se défendre d'arrêter ses regards sur ce jeune seigneur; et plus elle le considéroit, plus elle sentoit chanceler sa fermeté. Enfin l'amour trahit sa vengeance, et tel fut le pouvoir de l’objet qu’elle contemploit, que perdant tout à coup l’envie de se venger, elle oublia la mort de son époux. Elle devint l’esclave de son meurtrier, sans s’embarrasser de ce qu’en pourroient dire ses domestiques, qui attendoient à la porte une catastrophe sanglante, après le courage qu’elle avoit fait éclater. Elle parcourut des yeux assez long-temps don Henrique, qui se réveilla par hasard, et qui, voyant de la lumière si près de lui sans apercevoir la personne qui la portoit, craignit quelque trahison. Il voulut prendre son épée, qu’il avoit mise en se couchant au chevet de son lit; mais la dame s’en étant brusquement saisie, appela ses domestiques, leur ordonna d’arrêter le comte, et de le mener au château deBelchite, avec ordre de le renfermer dans une tour. Ce qui fut aussitôt exécuté avec beaucoup de violence; et l’on fit le même traitement à Melchior, qui ne s’étoit, pas plus que son maître, attendu à un réveil si désagréable.

La veuve de don Gaspard s’étant île ceite sorte assurée de l’un et de l’autre, les fit charger de fers, leur donna des gardes, et les laissa vivre à bon compte,

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