PREMIÈRE PARTIE
sieur M .... J’ai appris sa morl et l’embraseinent de ses écrits, dont quelques-uns sans contredit méritoient de passer à la postérité. Quelle perte pour la littératu rc!
Je suis. Monsieur, etc.
LETTRE XV
D’un garçon barbier à son père, laboureur auprès de Domfront.
Mon père,
Il y a bien des nouvelles. Mon cousin Nicolas, après avoir été pendant près de vingt ans valet de M. de la Fosse, fameux docteur en médecine, vient de faire fortune tout d’un coup. Son maître, qui étoit bien vieux, est mort, et lui a laissé par testament Unit son bien, au préjudice de ses parents, qu'il ne vouloit pas voir; de sorte que le cousin a hérité de dix mille écus pour le moins. Dès que j'ai su que le drôle étoit devenu riche, j'ai été lui faire salamalec, suivant la coutume de Normandie. Je lui ai conseillé d’acheter une terre, et de s’y retirer, pour y mener une vie de seigneur; mais il m'a dit qu’il avoit en tète un autre dessein , et qu'il se disposoit à se faire passer pour docteur en médecine. Bon! cousin, lui ai-je dit, vous ne parlez pas sérieusement. Est-ce qu’en servant un médecin , vous auriez appris la médecine ? lié pardi, oui, ce m’a-t-il fait. AL de la Fosse, pendant soixante ans qu'il a exerce sa profession, n’a fait que deux eboscs à ses
2ju la Valise trouvée.
malades; il leur a fait tirer du sang, et boire de l’eau chaude ; c’étoit là toute sa science. Est-ce que je n’en puis pas faire autant? Nous allons-donc, mon père , avoir, s’il plaît à Dieu, un médecin dans notre famille. Contez tout ça de bout en bout à nos parents , pour à celle fin qu'ils s’en réjouissent. Jarnicoton ! si mon oncle le maréchal vivoit encore, qu’il seroit aise de voir son fils docteur en médecine! Adieu, cher père, autre chose ne vous puis mander, sinon que M. Lesquipot , mon maître, est bien content de moi; je commence à raser fort joliment.
C’est une chose assez plaisante, s’écria la marquise, qu’un médecin fasse de son valet son légataire universel. Et ce qui ne me paroît pas moins plaisant, dit le baron, c’est de voir le fils d’un maréchal devenir un membre de la faculté.
LETTRE XVI
D’un abbé à un académicien de Caen.
Monsieur ,
Puisque vous faites un recueil d’historiettes, vous voulez bien que je vous en envoie une pour le grossir; c’est une aventure arrivée le lundi -gras dernier, une espièglerie de laquais, un tour de carnaval.
Un grand joueur, nommé Clitaudre, dit un matin à son laquais : Romarin, va chez la comtesse de Sept-et-