P R EM I ERE PARTI E
le-va; elle m’a dit (jue je pouvois t'envoyer chez elle chercher cent pistoles que je1 lui gagnai sur sa parole hier au soir au Pharaon. C'est de l’argent comptant. En effet le laquais, étant alléchez la comtesse, toucha sur-le-champ la somme en beaux louis d’or. Mais à peine les eut-il entre les mains, qu’il se mit à les regarder amoureusement ; ensuite il se dit à lui-même: Ah! Romarin, mon ami, considère attentivement ces belles pièces. N’en es -tu pas charmé? Que je te trouverais heureux, si elles t’appartenoient ! Ne pourroistu point par quelque tour subtil t’en rendre le maître? c’est à quoi je le conseille de rêver. 11 n’y manqua pas, et le diable toujours prêt à inspirer les fripons, lui suggéra une ruse qu'il résolut de mettre en œuvre. Il ne porta point à Clitandre l’argent de la comtesse; il le garda toute la journée, et le soir s’étant masqué, il entra dans une maison oii l'on jouait gros jeu, et dans laquelle il savoit que son maître étoit; et s’adressant à lui un cornet à la main : cent pistoles que je passe dix, lui dit-il. Cent pistoles que vous ne les passez pas, s’écria Clitandre, en tirant de sa poche une bourse où étoit cette somme. Romarin mit en même temps la sienne sur table, secoua le cornet, et lira son coup; mais il n’amena que six. Vous avez perdu, masque, lui dit son maître, cette bourse est à moi. Oh! pour cela, oui, Monsieur, s'écria le laquais en étant son masque, elle est bien à vous assurément, puisque vous l’avez gagnée deux fois. Ah! pend, trd, dit Clitandre, tu voulois m’escamoter cent pistoles. Ei donc, Monsieur, répondit Romarin, rendez-moi plus de justice. Je suis un garçon plein d intégrité; je n’ai fait ce tour-là que pour vous