PREMIERE PARTIE
esprit des images humiliantes. Il auroit voulu être noble ; cl ue l’étant pas, il ne pouvoit vivre heureux malgré ses richesses. Il 11 ignoroit pasqu il pouvoil facilement le devenir à la faveur d une charge; mais il 11e vouloil pas se servir de ce moyen-là pour se contenter. 11 a mieux aimé profiter de l’occasion qu’il a trouvée, d’entrer dans une maison qui a trois cents ans de noblesse. Voici comment il s’y est fourré.
Ayant découvert qu'il y avoit un lieutenant d'infanterie qui logeoit dans un hôtel garni, et qui s’appcloit comme lui Dorimon; il s’en informa particulièrement. 11 apprit que c'étoit un gentilhomme noble comme le roi; mais que son bien 11e répondoit pas à sa naissance. Le financier, ravi de cette découverte , monte un beau matin en carrosse, et va chercher le lieutenant à son auberge, il le demande; l'officier se présente, ils se saluent fort poliment, et le financier adresse ces paroles au lieutenant : Monsieur, j’aurois quelque chose d’important pour vous et pour moi à vous communiquer, mais ce n’est point ici que je veux vous parler de cette affaire; mon carrosse esta la porte : voulez-vous bien que je vous mène chez moi? L'officier y consent, le financier le conduit à son hôtel , et le fait monter à son appartement. M. Dorimon le lieutenant traversa trois ou quatre pièces de plain-pied très-proprement meublées, et M. Dorimon le financier ouvrit un grand cabinet oii il le (il entrer. Ce cabinet avoit une tapisserie assez rare; car elle étoit composée de sacs d'or et d’argent entassés les uns sur les autres, et qui, s’élevant superbement jusqu'au plafond, présenloient à la vue un tableau préférable à ceux de Michel-Ange et de Raphaël.
z6o LA VALISE TROUVÉE.
Que dites-vous de cette tapisserie , Monsieur, dit le financier? seroit-elle de votre goût? Tout-à-fait, répondit le lieutenant; je Paimerois mieux que les plus belles des Gobelins. Je suis ravi qu elle vous plaise , » reprit le maître du logis; et il ne tiendra qu’à vous d’en avoir cinq ou six aunes. Je suis prêt à vous faire ce présent, si vous voulez m’en faire un autre. Vous badinez, Monsieur, dit l’officier. Hé! quel présent un
homme comme moi peut-il faire qui puisse égaler .
Connoissez-vous mieux, interrompit le financier, vous êtes plus riche que vous ne pensez. Faisons le troc que j'ai à vous proposer. Ecoutez-moi : nous portons tous deux le même nom, mais nos familles sont différentes. Vous avez de la naissance , et fort peu de bien ; moi j'ai du bien, et point de naissance. Faisons-nous part mutuellement de ce que nous avons de bon. Etant l'aîné de votre maison , vous devez avoir vos titres de noblesse ; communiquez-les moi, et nous ferons travailler là-dessus un généalogiste. De mon coté je vous donnerai cent mille francs pour acheter une terre, et encore autant pour vous mettre en équipage , et vous y aller établir. Hé bien, est-ce un marché fait? L’officier demeura quelques moments incertain du parti qu'il devoit prendre; mais la vue de la tapisserie le détermina. Il communiqua ses titres; le généalogiste y mit la main ; et depuis ce temps-là les deux Dorimon sont parents en dépit de la nature.
J’approuve assez ce troc, dit la marquise : une maison qui tombe en ruine a besoin d’être étayée. Je savois cette histoire, s’écria le baron. 11 y a quatre jours qu’un