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dit-elle en le ramassant, ne seroit-ii pas mystérieux? Que veulent dire ees lettres 1 Voilà. Madame, poursuivit-elle en le présentant à Cydippe, le plus beau citron (pic j'aie vu de ma vie. Cvdippe admira la beauté de ce fruit fatal, et lut à liante voix ces mots qui étoient écrits autour : Je jure par Diane que /e me marierai à Aconlius. Elle se troubla en achevant ces paroles; et il parut sur ses joues un incarnat qui charma tout le monde. Celte chaste fille eut honte d’avoir, sans y penser, fait un serment, et prononcé le mol de mariage , (pii fait ordinairement rougir les filles vertueuses. Elle se plaignit à Diane, en désavouant le serment qui venoit de lui échapper, et en implorant son assistance. La déesse l’écouta, et promit de la sauver des poursuites d’Acontius.
One devint cet amant, lorsqu'il vit (pie Diane s’opposoit à son bonheur? Il est aussi difficile d’exprimer le désespoir d’un homme amoureux, que de décrire la violence d’une tempête. Qu’il passa de tristes nuits! Son teint perdit sa couleur, et il tomba dans une mélancolie qui avoit quelque chose de funeste, il évitoit son père, de peur d’être obligé de lui découvrir un mal qu'il croyoit sans remède, et il étoit presque toujours a la campagne : ce qui fit croire aux femmes qu il n’aiinoit que l’agriculture; mais les plaisirs champêtres n’avoient aucuns charmes pour lui. Les hêtres et les pins l’arrêtoient pourtant quelquefois , et sous leur feuillage il pleuroit scs ennuis. Un jour, s’adressant à ces arbres, il leur parla de cette sorte : Plut au (Ciel que vous fussiez sensibles, et (pie vous eussiez l'usage de la parole; je vous conjurerois de répéter à tous mo
LA VALISE TROUVÉE, ments que nia Cydippe est la personne du monde la plus parfaite. Ah! que ne puis-je graver sur vos écorces qu il me sera permis de lui dire un jour : Ma chère Cydippe, vous n’êtes pas moins fidèle à vos promesses, que vous êtes belle. Vous n’avez point violé vos serments. Que Diane, moins contraire à mon amour, ne vous punisse pas de m'avoir rendu heureux! Mais que fais-je, misérable? au lieu de vous faire craindre la colère de cette déesse, je dois plutôt vous dire qu’elle est la vengeresse des serments violés. Au reste, s’il faut punir quelqu’un, ce n’est point vous; c’est le malheureux qui vous a fait faire un parjure. O vous, chers arbres! qui donnez un sûr asile aux oiseaux amoureux, n’y a-t-il que vous dans la nature qui ne sentiez point le penchant de l’amour? Ce cyprès aime peut-être ce pin; cet arbre peut en aimer un autre; mais, non, je jure par Jupiter que je ne le crois pas; car enfin, 11e perdriez -vous que vos feuilles? vous n’en seriez pas quittes pour cela. L’Amour ne se contenteroit pas de vous les ôter, il pénétrerait jusqu’à votre tronc et vos racines, et vous ressentiriez d’une manière plus rigoureuse son tyrannique pouvoir. C’étoient là les discours ordinaires d’Acontius, qui, souffrant comme une âme condamnée par Minos à d'éternels supplices, attendoit la mort avec une patience que le Ciel sans doute lui inspirait.
D’un autre côté, on préparait les noces de Cydippe, avec un autre qu’Acontius ; et devant la porte de la maison nuptiale, 011 voyoit une troupe de jeunes filles assemblées pour chanter le bonheur de cet amant. Mais à peine eut-on commencé à se réjouir, qu’on se
trouva réduit à verser des larmes, Cydippe, ton! a coup, se sent saisir d'un mal violent, dont on ignore la cause ; elle perd l’usage de la voix, cl son pouls sans mouvement fait craindre pour sa vie. On croit qu’on va changer l’appareil des noces en celui des funérailles. Cydippe, toutefois, revient de sa foiblesse, et reprend ses forces aussi promptement qu'elle les avoit perdues. On veut recommencer les réjouissances, elle retombe dans le même état. Son père explique ces accidents, comme un ordre secret clés dieux qui s’opposent à cet bvmen. Il envoie consulter Apollon, qui révèle tout le mystère; l’amour d’Acontius, le citron, le serment de Cvdippe, et la colère de Diane ; ajoutant qu’il falloit que le serment fût gardé. D’ailleurs, dit Apollon, quand vous unirez Acontius et Cydippe, vous ne mêlerez pas le plomb avec l'or, mais l’or avec l'or.
Cet oracle fut exactement suivi. Acontius se présenta devant Cydippe, qui , après l’avoir attentivement considéré, ne fut point fâchée d’être obligée d’accomplir sa promesse. Et sans différer on procéda à la célébration du mariage, qui ne fut pas menacé de la colère des dieux. La mariée n'eut point de vapeurs apoplectiques, et se porta le mieux du monde. Les filles recommencèrent à chanter, et leurs concerts ne furent plus troublés. Les deux époux étoient si satisfaits, qu'ils n’auroient pas voulu changer de destinée pour tout l'or de Midas. Les réjouissances de ce mariage furent magnifiques; on alluma une infinité de torches, et l’on brûla beaucoup d’encens. Jamais union ne fut plus parfaite que celle de Cydippe et d’Acontius.