‹ Œuvres de Le Sage (volume 4)Chapitre 179 sur 191 · LETTRE XXXII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXII

Théoclès à Hyperides.

Je suis, mon cher Hypérides, un exemple infortuné de la colère des dieux; je brûle d’une flamme incestueuse que jamais la raison ni mes efforts ne peuvent éteindre. Vous savez que j’aimois une fort belle fille; j’ai fait pour l’obtenir tout ce que l’amant le plus empressé est capable de faire, je l’ai epousée; j’avois lieu de croire en l’épousant que jeserois fort heureux, puisque je m’unissois à la personne du monde que j’aimois le plus; mais, mon cher, admirez le destin qui me poursuit malgré moi; j’aime, ou plutôt j idolâtre ma belle-mère; j’ai beau vouloir triompher d’un si funeste

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ainour, tout retrace à mon esprit les traits que je veux oublier. Je crains île rencontrer ma femme et de laisser échapper en lui parlant, des marques d'une si criminelle passion. D'un autre coté, je m’applique à éviter ma belle-mère. Que lui dirois-je, grands dieux! si, cédant à mes horribles transports, j’oubliois, en lui parlant, l'éternel obstacle que le Ciel a mis entre nous! Et vous, mon père, de quel prix cruel récompensé -je vos bienfaits? Comment avez-vous pu produire un (ils si coupable? Vous avez élevé un monstre que vous deviez détruire à sa naissance. Dieux! qui voyez l'horreur de mon sort, ou purgez le monde d’un infâme adultère qui porte souvent jusqu’à vos autels un souvenir incestueux, ou souffrez que la raison m’éclaire, et me rende le repos que j’ai perdu.

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