‹ Œuvres de Le Sage (volume 4)Chapitre 182 sur 191 · LETTRE DERNIERE · texte numérisé non relu

LETTRE DERNIERE

Occania à Pctalus.

Il est impossible que vous m’aimiez autant que je vous aime : je renonce à tous les devoirs de la vie, pour me faire une unique occupation de ma tendresse. Je déteste tout ce qui peut me dissiper de vous un instant. Je ne prends plaisir qu’à me ressouvenir des serments que vous m’avez faits de m’aimer toujours, et je me plais à m'imaginer que vous êtes incapable de les violer. Un peu de mérite, une passion à qui le temps ne peut rien ôter de sa vivacité, des sentiments inconnus aux autres femmes, cela me flatte que vous ne m’obligerez

jamais a me repentir d’avoir conçu pour vous une véritable tendresse. Votre mérite la justifie; mais je serois inconsolable si vous n’aviez pour moi qu’une passion médiocre; je suis trop délicate pour m’en contenter; ii me faut tout votre cœur ou toute votre indifférence. Seriez- vous assez barbare pour en récompenser une femme si tendrement prévenue pour vous? Le Ciel m’auroit-il réservée à ce malheur! N’aurois-je dédaigné les vœux de tant d’honnêtes gens, que pour éprouver la honte d'aimer sans être aimée? Que ma foiblesse les vengeroit bien de mes mépris, et que cette vengeance seroit cruelle pour moi ! Mon amour doit m’en garantir; vous ne résisterez pas à une ardeur si vive et si constante. Je vous voudrois, mon cher Petalus, en ce moment , à mes genoux pour apprendre ce que vous pensez là-dessus. Votre absence ne finira-t-elle pas bientôt? Qu’elle vous vole de plaisirs, mon enfant! qu’il est fâcheux d’être éloigné d’une maîtresse passionnée! Si vous étiez sensible à ce que vous perdez, vous bâteriez votre retour; mais vous n’y faites pas seulement réflexion.

Le curé, dans cet endroit, ayant achevé de lire les lettres d’Aristenète, demanda si la compagnie souhaitoit qu’il reprît les dépêches de la Valise, et qu'il en continuât la lecture. Les dames lui répondirent qu'oui, mais qu’elles avaient peur que cela ne le fatiguât : Oh! que non, Mesdames, répliqua-t-il , perdez cette crainte ; j’ai Dieu merci la poitrine bonne , et mes poumons sont faits à la fatigue. En disant ces paroles, il se saisit d’une dépêche qui étoit conçue en ces termes :

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