ACTE II, SCÈNE VIII. 9l
CLÉ A INT E
Explique -loi donc.
LOU V E
Est ce que vous ne devinez pas ce que je veux dire ?
CLÉ ANTE
Non parbleu.
LOLIVE.
Vous êtes tous deux jeunes, aimables, ot par conséquent en état de prendre votre revanche. Mariezvous ensemble. Vous vous vengerez par- là d Eraste, d’Angélique, et de vous-mêmes encore par -dessus le marché.
CLÉ ANTE
Mais, Madame?
LUC ILE
Niais , Monsieur?
LOLIVE.
Mais le conseil a son mérite : telle est l’offense, tel doit être le ressentiment. Après cela qu’arrivera-t-il? Nos gens pourront devenir jaloux à leur tour. Hem, qu’en pensez-vous?
LUC ILE
L’imagination n’est pas si extravagante.
CLÉ ANTE
Non vraiment.
Il ne m’est jamais venu d'idée plus heureuse .
Allons, Monsieur, c’est à vous de commencer. Madame n’est-elle pas aimable?
Très-aimable.
9* LES AMANTS JALOUX
LOLIVE.
Et vous, Madame, ne trouvez-vous pas Monsieur fort bien fait?
l u ci LE.
Fort bien fait.
LOLIVE à Cléante.
Vous en restez là?. .. Gb, acbevez, s’il vous plaît.
CLÉANTE
Un amant qu’Angélique rebute, qu’Angélique dédaigne, pourroit-il se flatter, Madame, de trouver un asile auprès de vos bontés.
LUC1LE
Oui, Monsieur, j’y suis résolue. Je vous aimerai, mais je vous aimerai d’un amour si tendre, qu’Eraste se reprochera de n en être pas l’objet.
CLÉANTE
Et moi, je vous jure une passion si violente, qu’Angélique aura du regret de m’avoir perdu.
LOLIVE.
Courage, à merveille.
CLÉANTE
Belle Lucile, en vérité, je puis vous le dire, vous me charmez. Cet air, ces grâces , ces yeux , les plus beaux yeux du monde, comment ne vous ai -je pas adressé mes premiers voeux ?
LUCILE
Vous avez de même je ne sais quoi d’engageant, une certaine politesse sans fadeur, et surtout une physionomie d’honnête homme : ah! je suis sûre que vous ne m’auriez pas traitée avec l’indignité dEraste.