‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 175 sur 322 · LIVRE III, CH Al’. XL TJ · texte numérisé non relu

LIVRE III, CH Al’. XL TJ

un qui nie satisfasse, je ne ferai |>lus difficulté de me rendre à la passion de cet aimable seigneur. Je te permets de 11e rien celer à Guzman, et même de me l'amener, s'd est possible, dès cette nuit. Tu l’introduiras en secret dans cette maison, et je pourrai l’entretenir impunément.

\icoleta, transportée de joie de voir sa maîtresse dans la disposition oîi elle paroissoit être, embrassa ses genoux, lui baisa les mains, et fit devant elle mille folies qui marquoient son ravissement. Ensuite, pour mieux l’affermir dans sa résolution, elle se mit à lui vanter les bonnes qualités de l’ambassadeur, et elle finit en l’assurant que nous conduirions si prudemment celte intrigue, qu’aucune personne dans Rome n'en aurait le moindre soupçon. Sur cette assurance, Fabia dit à sa suivante qu’elle s'abandonnoit entièrement à son zèle et à son adresse.

Là-dessus Nicoleta vint me trouver, et, comme une fille que l'excès de sa joie rendoit presque folle, elle me jeta les bras au cou en s'écriant : Mon ami , mon cher ami, paye moi l’agréable nouvelle que j'ai à t’annoncer : ma maîtresse ne résiste plus; elle veut rendre ton maître le plus heureux de tous les hommes. Je fus si charmé d entendre ces paroles, auxquelles je 11c m’attendois nullement, que, ne me possédant plus à mon tour, je pris iSicoleta par la main, et la menai comme en triomphe après une victoire dans le cabinet de mon maître, oit nous commençâmes tous trois à célébrer joyeusement la métamorphose de Labia. Son excellence tira de sa poche une petite bourse pleine de pistoles d’Espagne, et en fil présent à la soubrette, qui la recul Guzman .

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do bon cœur, après avoir fait quelques façons, ainsi

que cela se pratique en pareil cas.

Cette officieuse agente s’étant ensuite retirée, non sans m’avoir auparavant bien instruit de l’endroit où il falloit que je me trouvasse celle nuit, et de l’heure à laquelle je m’y devois rendre pour pouvoir entrer dans la maison de Fabia, me laissa seul avec l’ambassadeur. Nous passâmes l’après-dînée, lui à me conter où il avoil vu cette dame, et moi à le féliciter d’avoir fait une si belle connoissance. Dès que la nuit fut venue, je courus à l’endroit où l'on m’avoit donné rendez-vous, et j'y attendis l'heure marquée; mais cette soubrette ne parut que pour me dire que sa maîtresse ne pouvoit me parler cette nuit; et il en fut ainsi des trois ou quatre autres suivantes. Nous ne tirâmes pas, le patron et moi, un fort bon augure de cela; néanmoins nous ne perdîmes point toute espérance, et une nuit enfin il arriva que la confidente me dit, par une petite fenêtre basse, que dans quelques moments elle m’introduiroit dans la maison.

Il faut observer que j’étois dans une ruelle toute remplie de boue, et oit j’aurois inutilement cherché à me mettre à couvert d'une grosse pluie qui tomboit, et qui perça bientôt mes habits. Je l'essuyai pendant deux heures avec une patience que je n'aurois pas eue, si je n’eusse été là que pour mon compte; mais j’avois pour mon maître un zèle à l’épreuve de tout. J’étois donc mouillé comme un canard, lorsque je m’entendis appeler parNicoleta; je la joignis promptement, et elle me fit entrer par une petite porte qui lut refermée aussi doucement qu’elle avoit été ouverte. Guzman, me dit

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