‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 215 sur 322 · LIVRE IV, G II A P. VI. 4 -if · texte numérisé non relu

LIVRE IV, G II A P. VI. 4 -if

que je ne laisserois | »as de vous aimer encore. Je n aurois peut-être pas remarqué dans un homme du commun les agréments qui m'ont frappée en vous; l’orgueil de ma naissance ne m’auroil pas du moins permis d’y attacher mes regards : mais puisqu’ils m’ont une fois su toucher, ds ne peuvent plus perdre leur privilège. Enchanté d’un sentiment si généreux, je tombai dans une défaillance qui lit craindre pour ma vie; et peu s’en fallut que ma tendre veuve ne s’évanouît aussi. A peine eut-elle la force d’appeler sa cousine, qui , se trouvant embarrassée entre nous deux, lut obligée d’emprunter le secours de la suivante dénia maîtresse. Un instant après que ces deux filles m’eurent fait reprendre mes esprits, on m’avertit que mon valet de chambre m’attendoit à la porte, et que les chevaux étoient prêts. Je compris alors ce que c’est que d’aimer, et de quelle douleur on est pénétré quand il faut se détacher de l’objet de son amour. Jamais adieux n’ont été plus touchants.

Je sortis de chez la cousine de ma veuve si occupé de mon affliction, que, sans voir Sayavedra, que je rencontrai à la porte, je passai devant lui sans rien dire. Il me suivit; et, s’apercevant que je ne savois ce que je faisois dans l’état oli ma passion me réduisoit, il me parla, me fit un peu rentrer en moi-même, et me conduisit oii nos chevaux nous attendoient. Je sautai légèrement en selle, et, sans desserrer les dents, je courus la première poste. A la seconde, mon écuyer me demanda pourquoi nous enfilions la route de Rome, et si j’avois envie d y retourner. Je lui répondis que j’étois bien aise, et pour cause, qu’on me crût sur le chemin de cette ville, et qu’à la troisième poste nous

nous arrêterions pour nous consulter sur ce que nous

avions à faire.

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