‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 220 sur 322 · LIVRE IV, CHAP. VI f. ï · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. VI f. ï

a Rome à un jeune Espagnol. Personne n'ignore a cpiel |ou. Ne perdez pas de temps, ajouta-t-il, poussez, vigoureusement eette affaire : je ne doute pas qu’on ne vous rende justice, quelques mouvements que le père Bentivoglio puisse se donner pour qu’on vous la refuse. Je dis à mon avocat que |e le conjurais de prendre mes intérêts en main; que j avoisouï vanter ses lumières et son intégrité; que j ét ois convaincu qu’il n oublierait rien de tout ce qu'il falloit faire pour que je n’eusse pas lieu de me repentir d'être venu à Bologne. 11 me répondit qu’il v alloit travailler fort sérieusement; que je n’avois qu’à faire un petit tour en ville, et revenir chez lui dans trois heures. Je n'y manquai pas; et il me montra effectivement une requête bien dressée. Mon affaire y étoit exposée en beaux termes, et si clairement que j’en fus très satisfait.

Nous allâmes tous deux la présenter au magistrat qu'on appelle el ojdor dei torron, l’auditeur de la tour; c’est le juge ou le lieutenant criminel. Plus j’observois mon avocat, et plus je m’apercevois qu’il s'v portoit de bonne grâce, autant pour soutenir mon droit que pour chagriner son confrère Rentivoglio. Mais soit que celui -ci eut été averti de mon dessein par le solliciteur, soit qu il fut grand ami de l’auditeur et du greffier, je n eus pas sitôt donné ma requêle qu'il en fut informé, et qu il porta plainte contre moi devant le même juge, disant cpie | attaquois la réputation de son fils et diffamois sa maison; et non-seulement il prétendoit que je lui fisse réparation d’honneur, il demandoit encore que je fusse condamné à une peine afflictive. Ce n’est rien que cela , me dit mon avocat : si Bentivoglio n’a pas

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d’au Ire plat de sa façon;» nous servir, nous devons peu le craindre. JNous ferons réponse à scs plaintes, quand l’auditeur aura répondu à notre requête. Ce ([lie ce juge fit, de quelle manière, grand Dieu! en ordonnant que dans trois jours, pour tout délai, je produirais mes preuves du vol dont j’accusois le seigneur Alexandre Bentivoglio.

Quand j’aurois envoyé un homme en poste à Sienne pour y lever les informations qui y avoient été faites, il n’auroit pu être de retour à Bologne en si peu de temps. M. l'auditeur ne pouvoit l’ignorer, puisque j a vois allégué dans ma requête que c'étoit de Sienne que j’attendois mes plus fortes preuves. Mon avocat, pour pousser ce juge, lui remontra, par une seconde requête, qu’il éloit contre l’usage de prescrire un temps au demandeur : et par là du moins il espérait obtenir un terme plus raisonnable; il fut trompé dans son attente. INe pouvant plus, après cela, douter de la bonne intelligence qui régnoit entre l’auditeur et l’homme de bien à qui j’avois affaire , il me dit , en rougissant de honte de l'injustice effroyable qu’on me faisoit dans son pays : .Te n’ai plus d’autre conseil à vous donner que de vous éloigner de cette ville ; il n’y fait pas bon pour vous. Je ne vois que trop, parle tour malin qu’on vous a joué, que vous n’y feriez que perdre du temps, de la peine et de l’argent : encore ne sais- je, continuat-il en branlant la tête, si vous en seriez quitte à si bon marché. Vous êtes étranger; et l'on croit ici que tout est permis contre les personnes d’une autre nation que 1 Italienne

Cela n’est pas possible, m’écriai-je d un ton qui ne

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