‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 233 sur 322 · LIVRE I V, CH AP. 1 X · texte numérisé non relu

LIVRE I V, CH AP. 1 X

Je fis savoir mon emprisonnement a noire avocat, <|in vint en diligence nie trouver. Je le nus au fait. Il se rendit chez le lieutenant criminel. Ils eurent ensemble un entretien qui fut tel, que le protecteur obtint que je serois élargi dès ce jour-là. Il m'apporta cette heureuse nouvelle, cl je me disposois à sortir. Déjà l’ordre étoil expédié, le concierge satisfait, et déjà j’avois un pied hors de la prison, lorsque, par une malice du diable, le notaire, qui me faisoit chercher, et avoit affaire en ce lieu-là, se présenta devant moi. Il m'envisage, il me reconnoît, il se met en fureur, il nie donne un grand coup de poing dans l'estomac et me fait rentrer dans la prison, en criant au geôlier de fermer la porte, attendu, disoit-il, que j’étois un voleur, et qu'il vouloit m ecrouer. Notre avocat qui ctoit présent, n'épargna aucune (lourde rhétorique pour apaiser le notaire; il alla même jusqu à lui offrir la valeur de la robe; mais ce maudit notaire, aimant mieux se venger de moi que de recouvrer son bien, fut inexorable. Il me lit émoucher les épaules et bannir du royaume.

Après cette petite mortification, que je souffris assez patiemment , mon capitaine, pour m'en consoler, me chargea d une lettre de recommandation pour un chef de bandits , son ami , qui a voit une retraite dans les montagnes de la Romagne , oii je me rendis, ne pouvant faire mieux. Ce chef n'eut pas plus tôt lu ma lettre, qu’il me lit un accueil gracieux. Il me présenta aux cavaliers de sa compagnie. Je n’ai jamais vu tics hommes si farouches. Il est vrai que, venant de quitter à Naples des camarades fort civilisés, d étoil impossible que ces montagnards ne me parussent pas grossiers cl sauvages

néanmoins, comme on apprenti à hurler avec les loups, malgré la terrible vie que ces bandits menoient, je ne laissai pas de m'accoutumer à vivre avec eux. Nous fîmes quelques bons coups, et je me vis en peu de temps le gousset bien garni. Dès que je fus en fonds, il méprit envie d’abandonner ces honnêtes gens. Pour cet effet, je demandai congé à notre chef pour deux mois, sous le prétexte d une affaire que je lui dis avoir à Rome, il me permit de faire ce qu’il me plairoit, après m’avoir obligé de lui jurer que je le rejoindrois au bout de ce temps-là. .le lui fis à la vérité ce serment, mais je 1 oubliai si tôt que je fus à Rome.

Je m'étois mis dans l’esprit que dans une si belle ville je trouverois à chaque pas des occasions d'exercer mes talents. Cependant lorsque j’y fus et que j’eus étudié le génie de ses habitants, ils me parurent si déniaisés, (pie je perdis espérance d'y faire fortune. Je fis quelques coups de si peu d importance, que vous me dispenserez pour mon honneur de vous les rapporter. Je vous dirai même qu’au dernier de ces misérables tours, je pensai être pris sur le fait; ce qui fut cause que je sortis brusquement de Rome. Je jugeai à propos de parcourir l’Italie pour la bien connoîlre, et je dépensai tout mon argent en menant cette vie errante. Enfin, étant à Rologne, le hasard me fit faire connoissanceavee -Vlexandre Rentivoglio, qui me reçut dans sa petite troupe. C’est un garçon fort subtil cl né pour la profession dont il se mêle. Sa coutume est de sortir de temps en temps de son pays natal , pour aller tantôt dans une ville et tantôt dans une autre chercher des dupes; cl quand il a lait quelque bon coup de filet, il retourne a Rologne, comme

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