CHAPITRE
Guzman donne un g ranci repas a ses parents , et leur fait payer leur ceot.
1/ A près - dînèr je chargeai Sayavedra de chercher dans la ville quatre bous coffres de la même grandeur, et de les acheter. Pendant qu’il s’acquittoit de cette commission , Favello vint me voir pour me rendre compte des entretiens qu’il avoit eus avec mes parents sur mon chapitre. 11 m’assura que toute la famille étoit charmée de ma personne, surtout le seigneur don Bertrand mon oncle. Ce bon vieillard, poursuivit-il, m’a dit qu'il lui sembloit avoir vu et entendu parler son cher frère, tant il avoit trouvé de ressemblance entre votre père et vous; qu’il vous voyoit à regret embrasser l’état ecclésiastique, et qu’il vous proposeroit de quitter la soutane pour épouser une de ses nièces du coté de sa mère; qu’à la vérité cette bile avoit peu tic bien, mais qu’il étoit dans la résolution de lui en laisser, parce qu il avoit pour elle une amitié toute particulière. Enfin, le capitaine me protesta que mon oncle avoit conçu pour moi beaucoup d’estime et de tendresse. Cependant tout cela ne fit que blanchir contre mon ressentiment, et ne me détourna pas de mon dessein.
J’allai rendre visite le lendemain matin, premièrement a don Bertrand , qui, dans l’entretien que nous •eûmes ensemble, me dit qu’étant fils unique comme je
4y() GUZMAN D’A LFA R AC HE.
l'étois, je devois plutôt songer à soutenir ma maison, qua me consacrer à un état qui lui ôteroit une de ses plus belles branches. Je pensai lui répondre qu’ayant toujours gardé le célibat, il avoit fait lui-méme autant «le tort à sa famille que s’il eut pris le parti de l'église. Ensuite il me nomma la personne qu i 1 avoit envie de me choisir pour femme. Pour l’amuser, je fis semblant de n’ètre pas éloigné de faire ce qu’il désiroit, et je finis ma visite en le priant de venir le jour suivant dîner avec moi. Il voulut d’abord s’en défendre et s’excuser sur son grand âge, qui ne lui permettoit pas d’assister à des banquets; néanmoins, lorsque je lui eus représenté qu’il n'y auroit à ce repas que des parents et le capitaine Favello, l’ami commun de toute la famille, il se laissa débaucher, et promit d’être de la partie pour me marquer, dit-il, l’extrême considération qu’il avoit pour un neveu que le ciel lui envoyoit. Je visitai après cela mes cousins l’un après l’autre, et ils me donnèrent aussi leur parole de venir chez moi. Il ne fut plus question que de leur faire préparer un dîner magnifique. Je m’adressai pour cet effet à mon bote, qui m’assura que je pouvois me reposer sur lui du soin de régaler mes convives, et qu’il me répondoit d’un festin oîi l'on verroit également régner l’abondance et la délicatesse.
Mon majordome, qui arriva dans l’hôtellerie pendant (jue je parlois à l'iiôte, me dit qu’il avoit acheté quatre coffres fort propres. Je les voulus voir. Il me conduisit oîi ils étoient, et j’en lus très content. Il me demanda ce que j’en prétendois faire. Je lui fis réponse qu’il n’avoit qu’à me suivre, et qu'il en seroit bientôt instruit. Je lui ordonnai de prendre notre cassette sous