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consommé clans toutes sortes de rubriques. Il s’agil ici, me dit-il, de faire ce que j'ai fait moi-même en pareil cas; il s’agit de sauver le bien qui vous reste aux dépens de celui du prochain. Alors , sans perdre de temps, il composa des contre-lettres, des transports, de faux contrats , et je ne sais combien d’autres actes semblables, tous également dignes d’une récompense publique, si l’on rendoit justice aux honnêtes gens qui en font usage. Il n’en demeura pas à ces prudentes précautions : pour remettre en vigueur mon crédit, qui lui étoit nécessaire, il me lit acheter une rente de cinq cents ducats que son frère possédoit : quand je dis acheter, je veux dire en apparence; car nous n avions pas, le beau-père et moi, à nous deux, la somme d’argent (iiie nous devions montrer au notaire, afin qu’il put témoigner que la rente avoit été payée, il ne nous en coûta que cinquante écus d intérêt pour avoir cette somme, que nous empruntâmes pour un jour seulement , et cette vente se lit par ce moyen : bien entendu qu'en même temps je remis au vendeur un écrit, par lequel jedéelarois formellement que ladite rente desdits cinq cents ducats ne m’apparlenoit point , et qu’elle étoit réellement à lui, à qui j’en abandonnois la jouissance, comme une chose à laquelle je n’avois aucune prétention. J’étois très content de ces tours de passepasse, parce qu’ils m’étoient avantageux. De plus, je savois qu’on les faisoit sans scrupule dans toutes les villes marchandes, et les contre-lettres surtout me paroissoient une belle invention pour le commerce.
(irâce à mon beau-père, je me vis donc assuré de quelque chose, en cas que la fortune me devînt loul-à-
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fait contraire; et pouvant négocier de nouvel argent sur ces cinq cents ducats de rente, je continuai mon train ordinaire. Malheureusement il n’étoit pas possible que ce fût pour long-temps. Les gens qu’on trompe se désabusent; et d'ailleurs ma femme, dépensant toujours plus que je ne gagnois , me réduisit enfin à la cruelle nécessité de succomber sous le poids dont j'étois chargé. Don André fut encore assez heureux pour se tirer d’intrigue. Pour moi , je ne pus éviter les griffes d'un maudit alguazil , qui m’arrêta de la part de mes créanciers, et me conduisit en prison ; mais ils furent bien sots lorsque , s’apprêtant à se saisir de mes effets , ils apprirent qu’ils étoient à couvert. J’eus pourtant la conscience assez bonne pour ne vouloir pas qu’ils perdissent tout ; je leur donnai la dixième partie de leur dû , et je m’engageai à leur payer le reste dans dix ans. C’est ainsi que je me tirai de leurs mains.
L’orgueilleuse Eugénie conçut un si grand déplaisir de mon emprisonnement et de ma banqueroute , dont elle s’imaginoit que toute la honte ne tomboit que sur elle , qu'il n’y eut pas moyen de la consoler. Elle en mourut de chagrin ; et comme elle ne laissa point d'enfants , je me trouvai dans l’obligation de rendre sa dot; ce qui , dans l’état où j’étois , ne pouvoit que m’incommoder , ou plutôt achever de m’abîmer. Aussi, pour dire la vérité , les larmes que sa mort me fit répandre ne furent pas l’effet du regret d'avoir perdu ma femme; je ne pleurois que l’argent qu’elle m’avoit dépensé follement., et celui que j’avois à remettre au beau-père. Je ne manquai pas toutefois de faire le bon mari par bienséance, et j’ordonnai des funérailles si superbes.