‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 288 sur 322 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Guzman, apres la mort de sa femme , veut embrasser l état ecclésiastique. Il va pour cet effet étudier a Alcala de Henares. Fruit de ses études.

Après avoir rendu les derniers devoirs à ma femme, et sa dot à son père , je demeurai dans ma maison , seul reste de tous mes biens. Encore étoit -elle toute nue , à la réserve d'une chambre que don André, par compassion, avoit bien voulu me laisser garnie de quelques meubles de peu de valeur. Là je m’occupois à faire des réflexions sur le passé, et à rêver aux moyens de subsister à l'avenir.

Que faut-il que je fasse ? disois-je en moi-même. Il n’y a plus pour moi d’apothicaires, plus de banquiers comme celui fie Milan, plus de parents qui veuillent

5()f> GUZMAN D’A LFA R AC HE.

me confier leurs pierreries. Que vais-je devenir? Où êtes-vous, Sayavedra , mon cher confident? Que ne pouvez-vous être témoin de mes peines ! vos conseils cl votre adresse me seroient ici d'un grand secours. 3e pourrois former avec vous quelque entreprise, qui me feroit sortir de misère. Mais, hélas ! je vous ai perdu. Je ne dois plus compter sur votre assistance , et peutêtre en ce moment vous repentez-vous bien de me l’avoir prêtée.

Je m’attendris en m’occupant de cette dernière pensée. Je rentrai en moi-même, et me sentant dégoûté du monde , je résolus de le quitter. Il faut, disois-je, que je me tourne du coté de l'Eglise. Je pourrai trouver dans cet asile le solide bonheur que j’ai jusqu’ici cherché vainement. Que de fripons ont fait fortune en prenant ce parti ! Je veux essayer s’il ne me sera pas aussi favorable qu’à eux. Pourquoi non ? Je puis devenir un bon prédicateur; et la chaire est le chemin des évêchés. Au pis aller, avec le peu d’argent que je retirerai de la vente de ma maison, je pourrai acheter quelque bénéfice de hasard ; et si je suis assez malheureux pour ne rencontrer aucun bénéficier qui veuille permuter avec moi , je ferai travailler, comme on dit, mes espèces; et si l’intérêt qui m’en reviendra ne me suffit point pour mener une vie tout agréable , j’y saurai bien suppléer en me faisant chapelain dans quelque riche couvent de religieuses. Quoique je sache plus de latin qu'il n’en faut pour remplir une pareille place, je ne laisserai pas d'aller à \lcala faire un cours de philosophie et un autre de théologie, pour m’en rendre plus cligne; et si la condition d écolier me paroît trop

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