‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 311 sur 322 · LIVRE VI, CH A P. I · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CH A P. I

lion, s’étendit sur mon mérite, et me loua tant, ({iule chevalier, dès ce moment-là, se résolut à me choisir. On me lit appeler. Je plus à ce seigneur, qui, m’arrêtant pour son service, m’enleva au comité , dont je fus bien regretté.

Me voici donc devenu valet de chambre d’un chevalier de Saint-Jacques. Pour me rendre plus libre et mettre plus en état de le servir commodément, il obtint du capitaine que je n’aurois que l’anneau au pied. On me donna par compte ses hardes, ses bijoux et sa. vaisselle d’argent; on m’en chargea, en me recommandant, pour mon propre intérêt, d’être fidèle et vigilant. Je rangeai aussitôt les effets de mon nouveau maître, de façon que d’un coup d’œil je les voyois tous. Jl fut fait très expresses défenses à ses valets d’entrer sans ma permission dans sa chambre lorsqu’il n’y seroit pas; ce qui me dispensoit d’avoir toute l’attention dont j’auroiseu besoin pour veiller sur ces gaillards, qui valoient bien des forçats pour faire des tours de main.

Je m’attachai à étudier l’humeur et le eénie du chevalier, et ne tardai guère à m'en faire aimer, et même estimer, tout galérien que j’étois. Il se plaisoit à m’entretenir, et je lui paroissois homme de bon conseil. Il me consultait quelquefois sur ses affaires les plus importantes. Comme il arriva un jour qu'il avoit l'air sombre et rêveur: Mon ami, me dit-il, un de mes oncles m’a écrit une lettre qui me chagrine et m’embarrasse. Il souhaite que je inc marie; il m’en presse, si je veux hériter de tous ses biens. C’est un garçon qui a vieilli dans l’oisiveté de la cour, sans avoir jamais pu se résoudre à subir le joug auquel il veut me lier. Je

ni- sais quelle réponse faire pour m’excuser honnêtenient ; je ne me sens aucun penchant pour le mariage. Monsieur, lui dis-je en plaisantant, si j’étois à votre place, je lui manderois que je ne demande pas mieux que de me marier, pourvu que ce soit avec une de ses tilles. Mon maître fit un éclat de rire à ce trait plaisant, et me dit qu’il s’en servirait pour se débarrasser des importunités de son oncle.

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