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Quoique tous ces rapports dussent être suspects dans de pareilles bouches, ils ue laissèrent pas de (aire quelque impression sur l'esprit de mon maître. Je m’en aperçus bien. Ce seigneur feignoit en vain d’avoir toujours une entière confiance en moi; je rcmarquois qu’il prenoit garde, contre sa coutume, à mes actions, et n'étoit pas éloigné de me croire capable de justifier les médisances de Solo. De mon côté, sans faire semblant de pénétrer les soupçons injustes que ce malheureux avoit inspirés, je eontinuois à servir avec beaucoup de fidélité, ayant sans cesse les yeux ouverts, pour éviter les pièges que mes ennemis me pourraient tendre. Cependant, avec toute ma vigilance, je fus la dupe de la malice de Soto. A l’instigation de ce scélérat, un valet du chevalier se saisit subtilement d’une assiette d’argent , et la cacha sous mon lit entre deux ais, de façon qu’on ne la voyoit point. Je m’aperçus d’abord qu’elle me manquoit; je le dis à mon maître d'un air qui devoit bien lui persuader qu’elle m’avoit été prise. Néanmoins on ne me crut pas; on fouilla partout; et on découvrit enfin oîi elle étoit. Alors le capitaine, jugeant que j'étois le voleur, malgré ce que je pouvois alléguer pour ma défense, me condamna à cinquante coups de latte. Mon maître fut touché de la douleur que je fis paraître quand j’entendis prononcer cet arrêt; et s’opposant à l’exécution, il obtint ma grâce, à condition que s’il m’arrivoit une seconde fois de perdre quelque chose, je payerois le tout ensemble.
Comme je vis par cette aventure que j’avois des ennemis secrets qui travailloient sourdement à ma perle, et que j’aurais bien de la peine à me garantir d’une
GUZMAN D’ALI' A R A Cil E.
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nouvelle surprise, je suppliai très humblement le capitaine et mon maître de donner mon emploi à un autre. Le ehevalier expliqua mal ma prière; il s’imagina que je ne voulois quitter son service que pour me remettre à celui du comité; il m’en sut mauvais gré, et refusa pour me mortifier ce que je demandois. Jl fallut donc me déterminer à continuer de le serv ir, et à me tenir nuit et jour sur mes gardes; ce que je fis pendant quelque temps avec tant de bonheur, que je mis en défaut l’adresse des traîtres conjurés contre moi. Mais il n’étoit pas possible que je fusse toujours assez heureux pour parer leurs coups fourrés. Un soir mon maître, étant revenu de la ville, voulut sedéshabiller; je lui donnai son bonnet et sa robe de chambre; et tandis que je portois d’une chambre à une autre son épée, ses gants et son chapeau, on m’escamota le cordon. Je ne sais comment se fit un tour si subtil, et je n’ai jamais pu le concevoir; cependant c’est un fait. J^e lendemain, lorsque je pris le chapeau pour le nettoyer, je le trouvai sans cordon. A cette vue, je devins plus pâle que la mort; je cherchai partout. Peine inutile; je reconnus qu’il y avoit dans la galère des filous plus fins que moi.
Que faire à cela ? et comment sauver ma peau des coups qui la menaçoient? Je crus qu’il n’y avoit point pour moi d’autre parti à prendre que celui d’implorer la miséricorde du chevalier. Je m’imaginai qu’au lieu de me faire éprouver le rude châtiment qui m’avoit été promis, il entreroit dans ma peine, et auroit encore la bonté de demander grâce pour moi. C’éloit une fausse espérance dont je me flattois. Quand je contai a mon maître le nouveau malheur qui m’étoit arrive, j’eus