I JO
GUZMAN D’ALFARACFIE.
échelle. 11 y eut alors entre eux une petite contestation, chacun ne voulant monter cjue le dernier. Après quelques compliments que deux hommes si courageux ne pouvoient manquer de se faire sur cela, il fallut qu'Ozmin passât le premier, pour couronner le procède noble de son compagnon. Ils eurent tout le loisir de monter impunément, attendu que la gendarmerie de don Louis avoit pris un chemin opposé à l’endroit où ils éloicnt ; et ils retirèrent l’échelle pour empêcher ce seigneur de reconnoître par où le faux Ambroise lui ctoit échappé. Il y avoit encore une échelle de l’autre coté de la muraille pour descendre dans la rue, où cinq à six grands laquais bien armés faisoient la garde, et se tenoient prêts à se jeter dans le jardin au premier signal. Ozmin, jugeant par là qu il n’avoit pas obligation à un homme du commun, et souhaitant de savoir qui c’étoit, le pria de le lui apprendre Mais l'inconnu lui répondit : C’est ce que je vous dirai chez moi; comme vous êtes étranger, vous ne connoissez pas bien don Louis; vous ne sauriez trop vous précautionner contre lui. Je vous offre ma maison, où vous serez à couvert de son ressentiment, et vous y demeurerez, s’il vous plaît, jusqu'à ce que nous ayons vu le parti que les Padilla prendront dans cette affaire.
Des manières si nobles et si généreuses charmèrent le seigneur maure, qui, ne pouvant résister aux pressantes instances que ce cavalier lui lit d’accepter un logement dans sa maison, l’y accompagna. Lorsqu'ils sc virent l'un et l'autre aux flambeaux, ils se regardèrent avec une attention mêlée de surprise, comme deux personnes qui croyoient se connoîlre. Le maître