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le sien pour en faire autant. Mais Ozmin , ne pouvant dormir, envoya chercher Orviedo quand il fut grand jour, pour faire part à ce fidèle écuyer de l'aventure de la dernière nuit, comine aussi pour lui ordonner de lui apporter des habits plus propres que ceux d'Ambroise à faire le personnage de don Jaune.
C’est un malheur attaché aux grandes maisons où il y a un peuple de valets, (pie tout ce qu’on y fait ne demeure pas long-temps secret. On sut dès le lendemain dans la ville l’histoire du faux Ambroise : on la contoit de diverses façons, mais toutes aux dépens de doua Elvire; ce qui mortifioit extrêmement Ozmin.
Don Alonse et ce cavalier devinrent en peu de jours les meilleurs amis du monde, tant il se trouva de sympathie entre eux, ou, pour mieux dire , tant ils découvrirent l’un dans l’autre d’aimables qualités. Ils souhaitoient tous deux ardemment d’être informés de ce qui se passoit chez le marquis de Padilla : c'est ce qu'ils ne pouvoient apprendre que de Clarice, dont ils ne recevoient aucune nouvelle. Cette suivante, étant connue de don Louis pour celle qui avoit toute la confiance de donaElvire, étoit plus observée que les autres. Cependant elle eut l’adresse de tromper ses argus, et de faire tenir à don Jaymé, chez don Alonse, une lettre qui contenoit un détail tel que ces deux seigneurs pouvoient désirer. Clarice mandoit a A îves que son vieux patron, au désespoir (pie le faux Ambroise lui fut échappé, le faisoit chercher soigneusement dans Séville par dix ou douze hommes, (pii jusque-là n’en avoient fait qu’une recherche inutile; (pi Elvire étoit fort malade, et que Daraxa avoit été aussi très inilis-
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posée, tant elle avoit pris de part aux peines de son amie; enfin que don Louis étoit si honteux et si chagrin de toute cette affaire, qu’il ne vouloit voir personne, et qu'il devoit incessamment aller demeurer a la campagne, jusqu à ce que tous les bruits qui couroient à sa honte fussent dissipés,
La lettre de Clarice fut un nouveau sujet d’entretien pour les deux cavaliers, et divertit particulièrement don Alonse, qui, n’aimant pas la maison des Padilla, ne trouvoit dans cette aventure qu'un ridicule qui le réjouissoit. Ozmin, ayant une si belle occasion de donner de ses nouvelles à Daraxa, lui écrivit en langue maure une longue lettre qu’il lui fit tenir par Clarice. La dame maure, qui ne savoit ce qu’étoit devenu son amant, et qui craignoit qu’il lient été blessé la nuit qu’on avoit tiré tant de coups de mousquets, fut ravie d apprendre le sort d’une personne qui lui étoit si chère, et de pouvoir lui faire réponse par la même voie.
Quelques jours après, le vieux marquis partit avec sa famille et ses domestiques pour se rendre à une maison de campagne qu’il avoit à une lieue de Séville : ce départ auroit fort affligé le seigneur maure, à cause de l’éloignement de Clarice, dont ! entremise lui étoit d un si grand secours, si don Alonse, pour l'en consoler, ne lui eût dit : Nous devons être bien aises que don Louis soit à la campagne. A un quart de lieue de sa maison, j’en ai une assez belle oii je vais quelquefois. Il faut que nous y allions le plus secrètement ([u d nous sera possible : nous aurons là plus facilement que dans celte ville îles nouvelles de nos liâmes;
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nous pourrons même trouver l’occasion de les voir et
de leur parler.
Yivès ne manqua pas d’applaudir à ce projet , dont ds commencèrent l’exécution, son ami et lui, dès le lendemain avant le jour. Ils sortirent de Séville avec Orviedo et deux laquais seulement. Sitôt qu ils furent arrivés à la maison de campagne de don Alonse, ce jeune seigneur chargea un paysan rusé de remettre en main propre à Clarice un billet, par lequel cette fille étoit avertie que le jour suivant elle rencontreroit dans le bois, qui n’etoit qu’à deux cents pas de la maison dudit marquis, fieux jeunes bergers qui mouraient d'envie d’avoir avec elle une petite conversation.
Clarice, qu’on observoit moins à la campagne qu’à la ville, sut bientôt se dérober du logis pour courir au rendez-vous. Llle y trouva don Alonse et don Jaymé habillés en villageois. Elle leur apprit que les dames étoient toutes deux en bonne santé, mais si gênées, qu elles avoicnt à peine la liberté de se promener dans le jardin : cependant, ajouta-t-elle, si le seigneur don Louis alloit demain, comme je n’en doute pas, à une ferme qu’il a à trois lieues d’ici, et où 1 appelle une affaire de conséquence, je pourrais bien vous ménager une entrevue avec elles; aussi-bien don Rodrigue vient tout à l’heure de partir pour Séville, d'où il ne doit revenir que dans deux jours. Si les cavaliers furent charmés de la douce espérance dont Clarice les flatta, celte soubrette ne fut pas moins contente des présents qu’ils lui firent pour reeonnoître sa bonne volonté. Celle fille, après avoir pris congé d’eux, regagna promptement la maison de son maître, et alla rendre compte