CHAPITRE VI
Histoire de don Gaston de Cogollos , et de doua Helena
de Galisteo.
Duels répétés. — Lettre supposée. — Mariage par fourberie. Regrets tardifs. ■ — Soupçons politiques.
Il y aura bientôt quatre ans que je partis de Madrid pour aller à Coria voir doua Eléonor de Laxarilla, ma tante, qui est une des plus riches douairières de la Castille vieille, et qui n’a point d’autre héritier que moi. Je lus à peine arrivé chez elle, que l’amour v vint troubler mon repos. Elle me donna un appartement donl
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les fenêtres faisoient face aux jalousies d’une clame qui clemeuroit vis-à-vis, et que je pouvois facilement remarquer, tant ses grilles étoient peu serrées, et la rue étroite. Je ne négligeai pas cette possibilité; et je trouvai ma voisine si belle , que j’en fus d’abord enchanté. Je le lui marquai aussitôt par des œillades si vives, qu’il n’y avoit pas à s’y méprendre. Elle s’en aperçut bien; mais elle n’étoit pas fdle à faire trophée d’une pareille observation, et encore moins à répondre à mes minauderies.
Je voulus savoir le nom de cette dangereuse personne qui troubloit si promptement les cœurs. J’appris qu’on la nommoit doua Helena; qu’elle étoit fdle unique de don Georges de Galisteo, qui possédoit à quelques lieues de Goria un fief dominant d’un revenu considérable ; qu’il se présentoit souvent des partis pour elle, mais que son père les rejetoit tous, parce qu’il étoit dans le dessein de la marier à don Augustin de Olighera son neveu, qui, en attendant ce mariage, avoit la liberté de voir et d’entretenir tous les jours sa cousine. Cela ne me découragea point : au contraire , j’en devins plus amoureux; et l’orgueilleux plaisir de supplanter un rival aimé m’excita peut-être encore plus que mon amour à pousser ma pointe. Je continuai donc de lancer à mon Hélène des regards enflammés. J’en adressai aussi de suppliants à Célicia sa suivante, comme pour implorer son secours; je fis même parler mes doigts. Mais ces galanteries furent inutiles; je ne tirai pas plus de raisons de la soubrette que de la maîtresse : elles firent toutes deux les cruelles et les inaccessibles.