LIVRE IX, CH A IJ. \ I
don Blas ne sera point l'amante de don Gaston; prenez sur cela votre parti. Fuyez, ajouta-t-elle. Finissons promptement un entretien (pic je me reproche malgré la pureté de mes intentions, et que je me ferois un crime de prolonger.
A ces paroles, qui m’étoient toute espérance, je tombai aux genoux de la dame. Je lui tins des discours touchants. J’cmplovai jusqu’aux larmes pour l'attendrir. Mais tout cela ne servit qu’à exciter peut-être quelques sentiments de pitié qu’on se garda bien de laisser paraître, et qui furent sacrifiés au devoir. Après avoir infructueusement épuisé les expressions tendres, les prières et les pleurs, ma tendresse se changea tout à coup en fureur. Je lirai mon épée pour m'en percer aux yeux de l'inexorable Hélène , qui ne s’aperçut pas plus tôt de mon action, qu’elle se jeta sur moi pour en prévenir les suites. Arrêtez, Cogollos , me dit-elle! Est-ce ainsi que vous ménagez ma réputation ? En vous étant ainsi la vie, vous allez me déshonorer et faire passer mon mari pour un assassin.
Dans le désespoir qui me possédoit, bien loin de donner à ces mots l’attention qu’ils méritoient, je ne songeois qu'à tromper les efforts que faisoient la maîtresse et la suivante pour me sauver de ma funeste main; et je n’y aurais sans doute réussi que trop tôt, si don Blas, qui avoit été averti de notre entrevue, et qui, au heu d’aller à la campagne, s’étoit caché derrière une tapisserie pour entendre notre entretien, ne frît vite venu se joindre à elle. Don Gaston, s'écria-t-il en me retenant le bras, rappelez votre raison égarée, et ne cédez point lâchement an transport furieux qui vous agite1
(i IL BLAs.
J'interrompis Combados. Est-ce à vous, lui dis-je, à me détourner de ma résolution? Vous devriez plutôt me plonger vous-même un poignard dans le sein. Mon amour, tout malheureux qu’il est, vous offense. INTestce pas assez que vous me surpreniez la nuit dans l'appartement de votre femme? en faut-il davantage pour vous exciter à la vengeance? Percez-moi pour vous défaire d’un homme qui ne peut cesser d’adorer dona Ilelena qu’en cessant de vivre. C’est en vain, me répondit don Blas, que vous tâchez d’intéresser mon honneur à vous donner la mort. Vous êtes assez puni de votre témérité, et je sais si bon gré à mon épouse de ses sentiments vertueux, que je lui pardonne l’occasion où elle les a fait éclater. Croyez-moi, Cogollos, ajoutat-il, ne vous désespérez pas comme un foible amant, soumettez-vous avec courage à la nécessité.
Le prudent Galicien, par de semblables discours, calma peu à peu ma fureur, et réveilla ma vertu. Je me retirai dans le dessein de m’éloigner d’Hélène et des lieux qu’elle habitoit. Deux jours après je retournai à Madrid; là, ne voulant plus m’occuper que du soin de ma fortune, je commençai à paroitre à la cour et à m’y faire des amis. Mais j’ai eu le malheur de m'attacher particulièrement au marquis de "Villaréal, grand seigneur portugais, qui, pour avoir été soupçonné de songer à délivrer le Portugal de la domination des Espagnols, est présentement au château d’Alicante. Comme le duc de Lerme a su que j'avois été dans une étroite liaison avec ce seigneur, il m'a fait aussi arrêter et conduire ici. Ce ministre croit que je puis être complice d'un pareil projet; il ne sauroit faire