‹ Œuvres de Le SageChapitre 215 sur 262 · U VUE XI, C11A1V X 1 I I · texte numérisé non relu

U VUE XI, C11A1V X 1 I I

cavalier qui étoit étendu sur la poussière, il lui ôta son masque, et nous lit voir des traits que Combados reconnut d’abord. C’est Caprara, s’écria-t-il, ce perfide cousin qui, de dépit d’avoir manqué une riche succession qu'il m’avoit injustement disputée, nourrissoit depuis long-temps le désir de m’assassiner, et avoil enfin choisi ce jour pour le satisfaire; mais le ciel a permis qu’il ait été la victime de son attentat.

Cependant notre sang eouloit à bon compte , et nous nous affaiblissions à vue d’œil. Néanmoins, tout blessés que nous étions, nous eûmes la force de gagner le bourg de Villaréjo , qui n’est qu’à deux portées de fusil il u champ de bataille. En arrivant à la première hôtellerie, nous demandâmes des chirurgiens. 11 en vint un qu’on nous dit être fort habile. Il visita nos plaies, qu’il trouva très dangereuses. 11 nous pansa, et le lendemain il nous dit, après avoir levé l’appareil, que les blessures de don lilas étoient mortelles. Il jugea des miennes plus favorablement, et ses pronostics ne furent point faux.

Combados, se voyant condamné à la mort, ne songea plus qu’à s’y préparer. Il dépêcha un exprès à sa femme , pour l’informer de ce qui s’éloit passé, et du triste état où il se trouvoit. Dona Helena fut bientôt à Villaréjo. Elle y arriva l’esprit travaillé d’une inquiétude qui avoit deux causes différentes : le péril que couroit la vie de son époux, et la crainte de sentir, en me revoyant, rallumer un feu mal éteint. Cela lui causoit une agitation terrible. Madame, lui dit don lilas lorsqu’elle lut en sa présence , vous arrivez assez à temps pour recevoir mes adieux. Je vais mourir, et je regarde

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ma mort comme une punition du ciel, de vous avoir, par une tromperie, arrachée à don Gaston; bien loin d’en murmurer, je vous exhorte moi-même à lui rendre un cœur que je lui ai ravi. Doua Helena ne lui répondit que par des pleurs; et véritablement c’étoit la meilleure réponse qu’elle lui put faire, n’étant pas encore assez détachée de moi pour avoir oublié l’artifice dont il s’étoit servi pour la déterminer à me manquer de foi.

Il arriva, comme le chirurgien l’a voit pronostiqué , qu'en moins de trois jours Coinbados mourut de ses blessures, au lieu que les miennes annonçoient une prochaine guérison. La jeune veuve, uniquement occupée du soin de faire transporter à Coria le corps de son époux, pour lui rendre tous les honneurs qu’elle devoit à sa cendre, partit de Villaréjo pour s’en retourner, après s’être informée, comme par pure politesse, de l’état où je me trouvois. Dès que je pus la suivre, je pris le chemin de Coria, où j’achevai de me rétablir. Alors dona Éléonor, matante, et don Georges de Galisteo, résolurent de nous marier promptement, Helena et moi, de peur que la fortune ne nous séparât encore par quelque nouvelle traverse. Ce mariage se fit sans éclat, à cause de la mort trop récente de don Blas; et peu de jours après je revins à Madrid avec dona Helena. Comme j’avois passé le temps prescrit par le comte-duc pour mon voyage, je eraignois que ce ministre n’eût donné à un autre la lieutenance qu il m’avoit promise; mais il n’en avoit point disposé, et il eut la bonté de recevoir les excuses que je lui fis de mon retardement.

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