LIVRE VIII, CH A P. Il
CIIAriTIVE 11.
GH lilas est présente au due de Lenne , qui le reçoit au nombre de ses secrétaires ; ce ministre le fait travaillas et est content de son travail.
Audience d’un ministre. — Confession ;< peu près sincère. Mémoires secrets. — Ambition qui germe.
Cf. fut Monteser qui m’annonça cette agréable nouvelle, et me dit : Ami Gil lilas, quoique je ne vous perde pas sans regret , je vous aime trop pour n être pas ravi que vous succédiez à don Valcrio. Vous ne manquerez pas de faire une belle fortune, pourvu que vous suiviez les deux conseils que j’ai à vous donner: le premier, c’est de paroître tellement attaché a son excellence, qu’elle ne doute [tas que vous ne lui soyez entièrement dévoué : et le second, c’est de bien faire votre cour au seigneur don Rodrigue de Calderone; car cet homme-là manie comme une cire molle l’espril de son maître. Si vous avez le bonheur de vous acquérir la bienveillance de ce secrétaire favori, vous irez loin en peu de temps; c'est une chose dont j’ose hardiment vous répondre.
Seigneur, dis-je à don üioguc, après lui avoir rendu grâces de ses bons avis, apprenez-moi, s’il vous plaîl , de quel caractère est don Rodrigue. J eu ai quelquefois entendu parler dans le monde. On me l’a peint comme un assez mauvais sujet ; mais je me défie des portraits
<juc le peuple fait des personnes qui sont en place à la cour, quoiqu'il en juge sainement quelquefois. Ditesmoi donc, je vous prie, ce que vous pensez du seigneur Calderone. Vous me demandez une chose délicate, répondit le surintendant avec un souris malin. Je dirois à un autre que vous, sans hésiter, que c'est un très honnête gentilhomme, et qu’on n’en sauroit dire que du bien; mais je veux avoir de la franchise avec vous. Outre que je vous crois un garçon fort discret, il me semble que je vous dois parler à cœur ouvert de don Rodrigue , puisque je vous ai conseillé de le bien ménager; autrement ce ne seroit vous obliger qu’à demi.
Vous saurez donc, poursuivit-il , que de simple domestique qu’il étoil de son excellence , lorsqu’elle ne portoit encore que le nom de don François de Sandoval, il est parvenu par degrés au poste de premier secrétaire. On n’a jamais vu d’homme plus fier. 11 ne répond guère aux politesses qu’on lui fait, à moins que de fortes raisons ne l’y obligent. En un mot il se regarde comme un collègue du duc de Lerme; et dans le fond, on diroit qu’il partage avec lui l’autorité de premier ministre , puisqu’il fait donner des charges et des gouvernements à qui bon lui semble. Le public en murmure souvent; mais c’est de quoi il ne se met guère en peine : pourvu qu’il tire des paraguantes d'une affaire ‘, il se soucie fort peu des épilogueurs. Vous concevez bien par ce que je viens de vous dire, ajouta don Diègue, quelle conduite vous avez à tenir avec un
1 Paraguantes, pour les gants, parce qu’on ne donnoit d’abord pour un présent honnête qu’une paire de gants. C’est ce que l’on appelle ailleurs pot-de-vin et tour de bâton.