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r’étoit tout ce que le ministre nous faisoit donner, Je ne inangeois que cela clans la journée, et le soir le plus souvent je me couchois sans souper.
Telle étoit la situation d'un homme qui brilloil a la cour, quoiqu'il y dut faire plus de pitié que d’envie. Je ne pus néanmoins résister à ma misère, et je me déterminai enfin à la découvrir finement au due de Terme, si j'en trouvois l'occasion. Par bonheur elle s’offrit a l'Escurial, où le roi et le prince d’Espagne allèrenl quelques jours après.
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Comment Gil B/as fît connaître sa misère au duc de Lerme. et de quelle façon en usa ce ministre avec lui.
Fable indienne. - — Indiscrétion heureuse. — moyen de s’enrichir aux dépens de qui il appartient.
Lorsque le roi étoit à l’Escurial, il y défrayoit tout le monde, de manière que je 11e sentois point là où le bat me blessoit. Je couchois dans une garde-robe auprès de la chambre du duc. Ce ministre, un matin s’étant levé à son ordinaire au point du jour, me fit prendre quelques papiers avec une écritoire,et médit de le suivre dans les jardins du palais. Nous allâmes nous asseoir sous des arbres, oit je me mis par son ordre dans l'altitude d'un homme qui écrit sur la forme de son chapeau; et lui, il tenoil à la main un papier qu’il faisoit semblant de lire. Nous paroissiens de loin occupés d’affaires fort sérieuses, et toutefois nous ne par-
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lions ([ue de bagatelles, car son excellence ne les liaissoit pas.
Il y avoit plus d’une heure que je la réjouissois par toutes les saillies que mon humeur enjouée me fournissoit , quand deux pies vinrent se poser sur des arbres qui nous couvraient de leur ombrage. Elles commencèrent à caqueter d’une façon si bruyante, qu’elles attirèrent notre attention. Voilà des oiseaux, dit le duc, qui semblent se quereller. Je serais assez curieux de savoir le sujet de leur querelle. Monseigneur, lui disje , votre curiosité me fait souvenir d’une fable indienne que j’ai lue dans Pilpay ou dans un autre auteur fabuliste. Le ministre me demanda quelle étoit cette fable, et je la lui racontai dans ces termes :
il régnoit autrefois dans la Perse un bon monarque, qui, n’ayant pas assez d’étendue d’esprit pour gouverner lui-même ses états, en laissoit le soin à son grand -vizir. Ce ministre, nommé Atalmuc, avoit un génie supérieur. 11 soutenoit le poids de cette vaste monarchie sans en être accablé : il la maintenoit dans une paix profonde. Il avoit même l’art de rendre aimable l’autorité royale en la faisant respecter, et les sujets avoient un père affectionné dans un vizir fidèle au prince. Atalmuc avoit parmi ses secrétaires un jeune Cachemirien, appelé Zéangir, qu’il aimoit plus que les autres. 11 prenoit plaisir à son entretien , le menoit avec lui à la cbasse, et lui découvrait jusqu’à ses plus secrètes pensées. Un jour qu’ils chassoient ensemble dans un bois, le vizir, voyant deux corbeaux qui croassoient sur un arbre, dit à son secrétaire : Je voudrais bien savoir ce que ces oiseaux se disent en leur lan-